Brésil : Lula et Flávio Bolsonaro au coude-à-coude avant le premier tour
À la veille du scrutin présidentiel brésilien, le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva et son rival conservateur Flávio Bolsonaro ont clos leurs campagnes respectives samedi 3 octobre, chacun affichant une confiance totale en une victoire dès le premier tour, prévu ce dimanche 4 octobre. Ce duel électoral, qui cristallise les tensions entre la gauche et la droite, se joue dans un contexte de polarisation extrême, avec des enjeux qui dépassent les frontières du Brésil.
Une campagne marquée par la souveraineté et la peur de l'ingérence étrangère
Lula, âgé de 80 ans et candidat à un quatrième mandat, a parcouru la mégalopole de São Paulo, entouré d'une foule vêtue de rouge, la couleur de son Parti des travailleurs (PT). L'ancien syndicaliste a fait de la défense de la souveraineté nationale son cheval de bataille, mettant en garde contre une prétendue ingérence du président américain Donald Trump, qui a déclaré suivre l'élection « de très près ».
« Je lutterai de toutes mes forces pour le peuple brésilien, qui vaincra l'extrême droite », a lancé Lula, résumant le scrutin à un affrontement entre « la démocratie et la souveraineté » d'un côté, et « la barbarie et la corruption » de l'autre. « Demain, nous gagnerons les élections au premier tour », a-t-il assuré, rappelant que c'est à São Paulo qu'il avait terminé sa campagne victorieuse en 2022.
De son côté, Flávio Bolsonaro, sénateur de 45 ans et fils de l'ancien président Jair Bolsonaro, actuellement en résidence surveillée, a mobilisé des centaines de motards pour un cortège dans l'intérieur de l'État de São Paulo. Il espère capitaliser sur la progression de la droite en Amérique latine, encouragée par l'administration Trump. « Allez, le Brésil veut un changement ! », a-t-il lancé, appelant à trancher « en une seule fois dimanche » pour éviter un second tour le 25 octobre.
Des sondages serrés et un électorat indécis
Le dernier sondage Datafolha, publié samedi et réalisé auprès de 4 006 personnes, crédite Lula de 45 % des intentions de vote parmi les suffrages valides, contre 42 % pour Flávio Bolsonaro, avec une marge d'erreur de deux points. Un second tour sera organisé si aucun candidat n'obtient plus de la moitié des suffrages valides, une hypothèse que les deux camps semblent vouloir écarter.
Dans les rues de São Paulo, des milliers de sympathisants de Lula ont défilé, certains arborant des casquettes ou des tee-shirts frappés des mots « Make Lula president again », un clin d'œil au slogan trumpien. « Le Brésil a besoin de quelqu'un qui défend les couleurs de notre drapeau, pas de quelqu'un qui veut le livrer aux États-Unis », a déclaré Tiago Lorureto, comptable de 35 ans.
À Santa Bárbara d'Oeste, Eliane Boscolo, femme au foyer de 47 ans, a rejoint le cortège baptisé « Caravane de la victoire », mené par Flávio Bolsonaro sur un camion. « Trump doit intervenir. Aujourd'hui, nous ne vivons pas en démocratie. Nous, les gens simples, n'arrivons pas à avoir une vie digne », a-t-elle confié, reflétant le mécontentement lié au coût de la vie et à l'insécurité.
Des affaires judiciaires qui pèsent sur la campagne
La campagne a été émaillée par plusieurs affaires, notamment une enquête visant le sénateur conservateur pour corruption et blanchiment d'argent. La droite n'a pas manqué de rappeler que Lula a été emprisonné en 2018 et 2019 pour corruption, avant que sa condamnation ne soit annulée pour des motifs de procédure. Ces attaques réciproques ont nourri un climat de défiance, mais aucun débat télévisé n'a opposé directement les deux candidats.
À la veille du scrutin, certains électeurs peinaient encore à se décider. Patricia Catherine de Sousa, 35 ans, habitante de Rio de Janeiro, a confié : « Comme c'est déjà demain, je fais des recherches pour pouvoir bien voter, pour ne pas le regretter après. »
Quel impact pour le Maroc et l'Afrique ?
Au-delà des frontières brésiliennes, cette élection est suivie de près par les chancelleries africaines, dont le Maroc. Le Royaume, qui a renforcé ses partenariats avec les pays d'Amérique latine, notamment dans les domaines agricole et énergétique, observe avec attention l'évolution de la politique étrangère brésilienne. Un second mandat de Lula pourrait consolider les relations Sud-Sud, tandis qu'une victoire de Flávio Bolsonaro, aligné sur Washington, pourrait redessiner les équilibres régionaux.
Le Maroc, sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, continue de tisser des liens solides avec l'ensemble des partenaires internationaux, dans le respect de la souveraineté des États et de la promotion de la paix. Cette élection brésilienne, quel qu'en soit le résultat, s'inscrit dans un contexte mondial où le Royaume affirme sa position de médiateur et de pont entre les continents.