Syrie : l'armée gouvernementale étend son contrôle territorial face aux défis kurdes
La Syrie traverse une période de recomposition territoriale complexe alors que le président Ahmad al-Chareh poursuit ses efforts d'unification nationale. Malgré les appels internationaux à la retenue, les autorités de Damas ont annoncé dimanche avoir pris le contrôle de la ville stratégique de Tabqa, dans la province de Raqa, y compris son barrage sur l'Euphrate, le plus important du pays.
Une stratégie d'unification nationale
Plus d'un an après le changement de régime, le président al-Chareh met en œuvre une stratégie visant à rétablir l'autorité centrale sur l'ensemble du territoire syrien. Cette démarche s'inscrit dans un processus de reconstruction institutionnelle du pays après des années de fragmentation.
Les forces gouvernementales ont progressivement étendu leur présence dans plusieurs localités, notamment Deir Hafer, à l'est d'Alep, où elles ont été accueillies favorablement par les populations locales. "Ce jour est le premier jour de notre libération", a déclaré un habitant de Maskana à l'AFP.
Reconnaissance historique des droits kurdes
Dans une démarche diplomatique significative, le président syrien a annoncé vendredi la reconnaissance par décret des droits nationaux de la minorité kurde. Cette décision historique établit le kurde comme langue officielle, marquant une évolution majeure pour cette communauté estimée à deux millions de personnes sur une population de 20 millions d'habitants.
Cette initiative témoigne de la volonté des nouvelles autorités syriennes de construire un État inclusif, après des décennies de marginalisation de cette minorité sous les régimes précédents.
Défis de l'intégration institutionnelle
Les négociations entre Damas et les représentants kurdes révèlent la complexité du processus d'unification nationale. Un accord conclu en mars dernier prévoit l'intégration des institutions civiles et militaires kurdes au sein de l'État, mais sa mise en application rencontre des obstacles liés aux attentes respectives des parties.
L'administration autonome kurde du nord de la Syrie a qualifié le décret présidentiel de "premier pas" tout en soulignant qu'il ne satisfait pas entièrement "les aspirations du peuple kurde".
Préoccupations internationales
La communauté internationale, notamment les États-Unis et la France, suit attentivement l'évolution de la situation. Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient a appelé à "une coopération étroite entre les partenaires syriens", tandis que le président français Emmanuel Macron a souligné l'importance d'une "Syrie unie et stable".
Ces développements interviennent alors que Washington a récemment levé certaines sanctions imposées à Damas, témoignant d'une évolution des relations diplomatiques avec les nouvelles autorités syriennes.
La situation actuelle illustre les défis considérables auxquels fait face la Syrie dans son processus de reconstruction nationale, nécessitant un équilibre délicat entre unification territoriale et reconnaissance des diversités communautaires.