Brésil : La fraude Banco Master révèle des liens troublants avec le pouvoir
Le scandale Banco Master secoue le Brésil en année électorale, révélant des connexions suspectes entre la finance et les sphères dirigeantes du plus grand pays d'Amérique latine. Cette affaire illustre les défis de gouvernance auxquels font face les démocraties contemporaines.
Un empire financier en déroute
Daniel Vorcaro, banquier de 42 ans au mode de vie ostentatoire, dirigeait Banco Master en proposant des rendements supérieurs à la concurrence. La Banque centrale brésilienne a découvert dès 2024 l'insolvabilité de l'établissement, qui ne disposait pas des fonds nécessaires pour honorer ses engagements.
Arrêté en novembre 2025 pour fraude présumée, Vorcaro a vu sa banque liquidée le lendemain. L'établissement accusait plus de six milliards d'euros de dettes envers 800 000 investisseurs, dont les dépôts restent protégés par le système de garantie national.
Magistrats dans la tourmente
L'affaire a rapidement impliqué de hautes personnalités judiciaires. Le juge José Dias Toffoli de la Cour suprême a d'abord classé le dossier secret avant de lever cette restriction. La presse a révélé qu'il avait partagé un jet privé avec l'avocat d'un cadre de Banco Master pour assister à la finale de la Copa Libertadores au Pérou.
Le magistrat Alexandre de Moraes, figure centrale du procès de l'ex-président Jair Bolsonaro, se trouve également éclaboussé. Il aurait rencontré le directeur de la Banque centrale concernant l'affaire, alors que Banco Master recourait aux services du cabinet d'avocats de son épouse.
Ramifications politiques étendues
Le président Luiz Inácio Lula da Silva avait reçu Daniel Vorcaro en 2024, malgré les difficultés connues de la banque. Le chef d'État a promis une enquête complète, soulignant l'absence de favoritisme politique dans ce dossier.
Le gouverneur de Brasilia, Ibaneis Rocha, fait face à des appels à la destitution après avoir rencontré Vorcaro pour discuter des transactions avec BRB, la banque publique locale. L'opposition réclame l'ouverture d'une commission d'enquête parlementaire.
Cette affaire rappelle l'opération anticorruption "Lavage-Express" menée de 2014 à 2021, qui avait profondément marqué l'opinion publique brésilienne. Elle survient à quelques mois des élections générales d'octobre, renforçant les interrogations sur l'intégrité des institutions.
Selon le politologue Marco Antonio Carvalho Teixeira, la mobilisation transpartisane pour minimiser le scandale témoigne de son impact potentiel sur l'échiquier politique brésilien.