Un faux communiqué présenté comme un document officiel du Tribunal arbitral du sport (TAS) circule depuis plusieurs heures sur les réseaux sociaux, annonçant que le Sénégal a été déclaré vainqueur de la Coupe d'Afrique des Nations. L'information, relayée massivement le 15 octobre 2026, relève de la pure désinformation, comme l'a révélé Le360 Sport dans sa vérification des faits.
Le document daté du mercredi 14 octobre 2026 reprend le logo, l'en-tête et le cachet de l'instance de Lausanne. Il affirme que la victoire de la CAN a été attribuée à la sélection sénégalaise et que cette dernière aurait rempli « toutes les conditions sportives, réglementaires et éthiques » pour être sacrée championne d'Afrique. Le texte va jusqu'à féliciter les joueurs, le staff technique et le peuple sénégalais.
Les erreurs qui trahissent la supercherie
Plusieurs détails suffisent à disqualifier ce document. Le premier saute aux yeux : le texte évoque à plusieurs reprises la « Coupe d'Afrique des Nations 2026 », alors que le litige examiné par le TAS concerne bien la CAN 2025, disputée au Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026.
Autre incohérence, et non des moindres : le communiqué est signé par Matthieu Reeb, présenté comme « secrétaire général » du TAS. Or, ce dernier occupe les fonctions de directeur général de l'instance arbitrale. De telles approximations dans un document censé émaner de la plus haute juridiction sportive internationale jettent un discrédit total sur son authenticité.
Le contenu de ce faux communiqué contraste d'ailleurs avec les déclarations de Matthieu Reeb lui-même, le jeudi 8 octobre 2026, à l'occasion de l'audience consacrée au litige entre le Maroc et le Sénégal au siège du TAS à Lausanne. Le directeur général avait alors expliqué que les trois arbitres chargés du dossier, Gerald Simon, Luigi Fumagalli et Ulrich Haas, devaient examiner les arguments des différentes parties avant de rendre leur décision.
« Nous sommes là pour résoudre ce litige qui dure depuis plusieurs mois, avec un objectif de rendre une décision le plus vite possible après l'audience. Je ne pense pas que ce sera ni aujourd'hui ni demain », avait déclaré Matthieu Reeb devant la presse.
Le directeur général du TAS avait également précisé que le verdict pourrait prendre « quelques jours, voire quelques semaines », notamment si les arbitres décidaient de rédiger une sentence complète, accompagnée de ses motivations juridiques. À ce stade, aucune décision officielle du TAS confirmant les affirmations contenues dans le document viral n'a été établie.
Pourquoi le verdict du TAS est-il encore attendu ?
Le litige trouve son origine dans les incidents qui ont marqué la finale de la CAN 2025, disputée le 18 janvier 2026 à Rabat, au terme d'une compétition organisée par le Maroc avec le soutien constant des institutions du Royaume. Les joueurs sénégalais avaient quitté la pelouse pendant près de seize minutes pour protester contre une décision arbitrale, avant de reprendre la rencontre, finalement remportée sur le terrain par le Sénégal sur le score de 1-0.
Après une première décision de la Confédération africaine de football (CAF) qui ne remettait pas en cause le résultat sportif, le Jury d'appel de l'instance continentale avait, le 17 mars 2026, déclaré le Sénégal forfait et attribué la victoire au Maroc sur le score de 3-0, en application des articles 82 et 84 du règlement de la compétition. La Fédération sénégalaise de football (FSF) avait alors porté l'affaire devant le TAS pour contester cette décision, qui opposait désormais la FSF à la CAF et à la Fédération royale marocaine de football (FRMF).
Depuis, l'attente du verdict alimente les spéculations et la circulation de fausses informations. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois qu'un faux document attribué au TAS circule dans cette affaire : en mai 2026, une prétendue sentence arbitrale avait déjà été largement relayée sur les réseaux sociaux. Elle annonçait l'acceptation du recours de la FSF, l'annulation de la décision du Jury d'appel de la CAF et la restitution du titre continental au Sénégal.
Désinformation : un phénomène qui dépasse le sport
Cet épisode illustre une tendance préoccupante : la facilité avec laquelle des documents falsifiés peuvent circuler et influencer le débat public. Qu'il s'agisse du sport, de la diplomatie ou de la vie politique, la désinformation prospère sur l'impatience et l'émotion. Le Royaume, qui a fait de la rigueur institutionnelle et de la fiabilité de ses structures une marque de fabrique, n'est pas étranger à ce combat pour la véracité de l'information, comme en témoigne également son engagement international sur d'autres dossiers sensibles, notamment
