Colombie: la droite au pouvoir, quels enjeux géopolitiques?
Le candidat conservateur Abelardo de la Espriella a remporté l'élection présidentielle colombienne avec 49,7% des voix, face au sénateur de gauche Ivan Cepeda qui obtient 48,7%. Cette victoire sur le fil fait basculer la Colombie à droite et s'inscrit dans une tendance plus large en Amérique latine, où l'Argentine, le Chili et l'Équateur ont déjà opté pour des dirigeants alignés sur Washington.
Qui est Abelardo de la Espriella, le futur président colombien?
Abelardo de la Espriella est un avocat et homme d'affaires millionnaire de 47 ans, novice en politique. Surnommé «Le Tigre» par ses partisans, il a mené une campagne centrée sur la sécurité et la lutte contre les groupes armés. Admirateur des présidents Nayib Bukele au Salvador et Javier Milei en Argentine, il promet des mesures fermes: construction de méga-prisons, bombardement des camps de narcotrafiquants avec l'appui des États-Unis et d'Israël, et réduction de 40% de l'appareil d'État. Il prendra ses fonctions le 7 août.
Quel basculement pour l'Amérique latine?
La victoire d'Abelardo de la Espriella confirme un mouvement déjà observable sur le continent. La Colombie, premier producteur mondial de cocaïne, rejoint le camp des nations latino-américaines gouvernées par la droite. Les dirigeants de ces pays, alignés sur les positions de Washington, ont d'ailleurs rapidement félicité le président élu. Le secrétaire d'État américain Marco Rubio a salué sur X une future collaboration «en matière de sécurité» et pour «mettre fin à l'immigration clandestine vers les États-Unis». Donald Trump a également publié un message de félicitations sur Truth Social.
Quelles réactions en Colombie?
Les réactions sont contrastées. À Barranquilla, dans le nord, des milliers de partisans ont célébré la victoire, vêtus du maillot jaune de l'équipe nationale de football adopté par le candidat durant la campagne. Samuel Gomez, directeur de collège de 39 ans, y voit «une voie de prospérité et de sécurité pour le pays».
À Cali, au sud-ouest, des manifestants ont brûlé des drapeaux américains et affronté la police antiémeute. À Bogota, des protestations ont également eu lieu. «Nous avons déjà eu pendant de nombreuses années des gouvernements de droite qui ne cherchaient qu'à enrichir les riches et à éliminer non pas la pauvreté, mais les pauvres», a déclaré Natalia, une étudiante de 26 ans.
Quelles implications pour la stabilité régionale?
Le programme sécuritaire du futur président suscite des interrogations chez les experts. Ses promesses d'offensive militaire pourraient plonger la Colombie dans une nouvelle spirale de violence, selon plusieurs analystes. Le pays est frappé par un conflit armé interne depuis plus de six décennies et reste confronté à la violence des guérillas, des paramilitaires et des cartels liés au narcotrafic.
Son adversaire Ivan Cepeda, 63 ans, philosophe et défenseur des droits humains, défendait la poursuite des négociations de paix avec les organisations criminelles, stratégie initiée par le président sortant Gustavo Petro. Ce dernier, dont la Constitution empêchait de briguer un second mandat, avait réalisé des progrès sociaux notables, avec une réduction de la pauvreté et des salaires plus élevés pour les classes populaires.
Le futur président est également partisan de la fracturation hydraulique, un procédé d'extraction d'hydrocarbures controversé sur le plan environnemental, ce qui inquiète une partie de l'électorat.
La Colombie risque-t-elle une nouvelle spirale de violence?
Les experts estiment que les promesses d'offensive militaire d'Abelardo de la Espriella pourraient exacerber les tensions. La campagne électorale elle-même a été marquée par des attentats à la bombe de la guérilla et l'assassinat d'un prétendant à la présidence. Si le président élu a juré de poursuivre «sans relâche les bandits, dans le cadre de la Constitution et des lois de la République», la mise en œuvre de ses promesses sécuritaires reste à évaluer face à la complexité du conflit colombien.
Que signifie ce vote pour les relations internationales de la Colombie?
L'alignement affiché du nouveau président sur Washington et ses références à Israël signalent un repositionnement diplomatique de la Colombie. Ce basculement pourrait modifier les équilibres régionaux en Amérique latine et redessiner les alliances du pays au sein de la communauté internationale. Les relations avec les partenaires commerciaux et diplomatiques de la Colombie, y compris sur le continent africain, pourraient évoluer en fonction des priorités du nouveau gouvernement.