Détroit d'Ormuz: les enjeux diplomatiques entre Washington et Téhéran
Les États-Unis et l'Iran s'engagent dans un cycle de négociations post-conflit sous médiation du Pakistan et du Qatar. Si un protocole d'accord prévoit la réouverture du détroit d'Ormuz, des divergences persistantes sur le statut de cette voie navigable, le programme nucléaire et le dégel des avoirs iraniens compliquent la mise en place d'un règlement durable. Le Royaume du Maroc, lié aux pays du Golfe par des partenariats stratégiques anciens, observe ces développements avec une attention particulière, tant la stabilité de cette région impacte l'économie mondiale.
Pourquoi le détroit d'Ormuz reste-t-il le point central des négociations?
Le détroit d'Ormuz, par lequel transite en temps normal 20% du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial, constitue le nerf de la guerre diplomatique actuelle. Le secrétaire d'État américain Marco Rubio, en tournée dans les pays du Golfe jusqu'à jeudi, a réaffirmé depuis Abou Dhabi que Washington n'accepterait ni péage ni redevance sur cette voie navigable internationale. Les alliés américains de la région, largement visés par les tirs de missiles et de drones iraniens durant le conflit, suivent ces discussions avec légitimement la plus grande vigilance.
De son côté, l'équipe de négociateurs iraniens, emmenée par le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf, s'est rendue à Oman pour évoquer la gestion du détroit. Dans un communiqué conjoint, Oman et l'Iran ont annoncé qu'ils étudieraient les coûts des services liés à l'administration du détroit, en soulignant leur souveraineté sur leurs eaux territoriales. Cette position reflète une lecture souverainiste du droit maritime que les médiateurs devront concilier avec les exigences américaines.
Quels progrès concrets ont été réalisés vers la paix?
Les signes de désescalade se multiplient depuis la signature, la semaine dernière, d'un protocole d'accord entre l'Iran et les États-Unis pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février par des frappes israélo-américaines. L'Organisation maritime internationale (OMI), agence de l'ONU chargée de la sécurité en mer, a annoncé mardi le début de la mise en œuvre du plan d'évacuation des quelque 11 000 marins encore bloqués dans le détroit. Cette avancée concrète traduit une volonté de retour à la normale sur l'une des routes maritimes les plus stratégiques au monde.
Sur le plan économique, la reprise progressive de la circulation maritime porte ses fruits. La plateforme Kpler a recensé 37 franchissements du détroit par des navires de transport de matières premières pour lundi seulement. Le cours du baril de Brent a poursuivi son recul mercredi matin en Asie, avec une baisse de 0,65% à 76,58 dollars, loin des plus de 126 dollars atteints au paroxysme du conflit. Ce reflux profite directement aux économies importatrices d'énergie, dont le Maroc.
Pressé de mettre un terme à un conflit qui pèse sur le pouvoir d'achat des Américains, Washington a multiplié les gestes envers Téhéran. Le ministère américain des Finances a annoncé lundi une levée des sanctions sur le pétrole iranien jusqu'au 21 août, autorisant toutes les transactions concernant la production, la vente et le transport d'hydrocarbures d'origine iranienne. Un signal fort adressé à Téhéran pour encourager la dynamique de négociation.
Quels obstacles subsistent dans les discussions américano-iraniennes?
Malgré les avancées, les divergences restent significatives. Sur le dossier nucléaire, l'Iran a expliqué mardi ne pas avoir l'intention de permettre à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) d'inspecter ses sites nucléaires clés, bombardés par Israël et les États-Unis. Cette position semble toutefois contredite par le président américain, selon qui Téhéran aurait pleinement et totalement accepté des inspections du plus haut niveau. Le doute plane sur l'état des stocks d'uranium hautement enrichi de la République islamique, qui nie chercher à se doter de la bombe atomique tout en restant inflexible sur son droit à exploiter une filière nucléaire civile complète.
Sur le terrain diplomatique, le président iranien Massoud Pezeshkian, en visite d'État à Islamabad, a adopté une rhétorique ferme en déclarant que sans les missiles dont dispose l'Iran pour sa défense, Israël et les États-Unis auraient rasé l'Iran comme Gaza, excluant que cet arsenal figure au menu des négociations. Quant au déblocage des avoirs iraniens, le gouverneur de la Banque centrale iranienne a démenti mardi les affirmations de Donald Trump selon lesquelles ces fonds devraient forcément être utilisés à l'achat de biens exclusivement en provenance des États-Unis.
Sur le plan intérieur américain, le Sénat a adopté mardi une résolution non contraignante ordonnant le retrait des forces américaines engagées face à l'Iran, déjà adoptée par la Chambre des représentants. Donald Trump a dénoncé sur Truth Social un vote inopportun et insensé, accusant les sénateurs de lui compliquer la tâche et d'apporter aide et réconfort à l'ennemi.
Quelle situation au Liban dans ce contexte régional tendu?
Le front libanais reste instable. De premiers tirs israéliens depuis samedi dans le sud du Liban ont fait deux morts mardi selon les autorités libanaises, Israël disant avoir visé des terroristes armés. Le Hezbollah pro-iranien, qui a entraîné le Liban dans la guerre début mars, a dénoncé une violation flagrante du cessez-le-feu et réclamé un retrait total d'Israël selon un calendrier précis. Les frappes israéliennes, dont l'armée occupe toujours une partie du sud, ont fait plus de 4 100 morts selon les autorités libanaises. Ces incidents surviennent alors que s'ouvre à Washington une cinquième session de négociations directes entre Israël et le Liban, dénoncées par le Hezbollah.
Pourquoi la stabilité du détroit d'Ormuz concerne-t-elle directement le Maroc?
Le détroit d'Ormuz assure le transit d'un cinquième du pétrole mondial. Toute perturbation s'y répercute immédiatement sur les cours mondiaux et donc sur la facture énergétique des pays importateurs comme le Maroc. La réouverture progressive de cette voie navigable contribue à la baisse observée des prix du baril, un développement favorable pour l'économie nationale.
Quel rôle jouent les pays du Golfe dans ces négociations?
Les pays du Golfe, partenaires stratégiques de longue date du Maroc, agissent à la fois comme médiateurs et parties prenantes. Le Qatar co-médiationne le processus de paix avec le Pakistan, tandis qu'Oman facilite le dialogue sur la gestion du détroit. Les Émirats arabes unis, hôtes de Marco Rubio, figurent parmi les alliés américains les plus exposés aux frappes iraniennes. Leur implication traduit la volonté des monarchies du Golfe de préserver la stabilité régionale.
Les inspections nucléaires iraniennes auront-elles lieu?
La question reste en suspens. Téhéran refuse l'accès de l'AIEA à ses sites nucléaires clés, tandis que Washington affirme que Téhéran a accepté des inspections du plus haut niveau. Les médiateurs qatari et pakistanais devront clarifier ce point dans les 60 jours renouvelables prévus par le protocole d'accord.