Le roi Felipe VI d'Espagne se rend mardi à Sebta, première visite d'un souverain espagnol dans cette enclave depuis celle de Juan Carlos en 2007, qui avait alors déclenché une crise diplomatique avec Rabat. Un déplacement rarissime, à moins de sept semaines des élections anticipées du 29 novembre en Espagne, et qui intervient alors que le roi Mohammed VI a défendu le « partenariat » avec Madrid tout en rejetant fermement toute tentative de « pression » ou de « chantage ».
Une première visite royale espagnole depuis 2007
La dernière visite d'un roi d'Espagne à Sebta remonte à 2007, lorsque Juan Carlos, père de Felipe VI, s'y était rendu, provoquant la colère de Rabat et le rappel temporaire de l'ambassadeur marocain à Madrid. Près de deux décennies plus tard, Felipe VI et la reine Letizia choisiront un protocole inédit : ils passeront la nuit à Sebta, une première pour des souverains espagnols depuis le rétablissement de la démocratie il y a cinquante ans.
Mercredi, le couple royal se rendra à Melilla, l'autre enclave espagnole située sur le territoire marocain, dont la souveraineté est revendiquée par le Maroc.
Le contexte migratoire pèse sur le déplacement
La visite survient deux mois et demi après l'arrivée massive de plus de 70.000 migrants venus du Maroc fin juillet. Si la plupart sont repartis dans les heures qui ont suivi, plusieurs milliers sont restés dans ce territoire de quelque 80.000 habitants, situé entre la Méditerranée et l'Atlantique.
Les autorités espagnoles ont mis en place des centres pouvant accueillir plus de 7.000 personnes et 2.800 mineurs, permettant l'évacuation des campements installés sur les plages. Dimanche, les forces de l'ordre ont démantelé le campement du Guano, le dernier encore présent sur le littoral, où vivaient environ 400 personnes.
Des habitants partagés entre attentes et compréhension
Sur place, une partie de la population estime que la réponse de l'État a tardé. « Le roi aurait dû venir dès le premier ou le deuxième jour. Et il aurait dû venir en uniforme de commandant en chef des armées », affirme Susana Román, juriste de 57 ans et promotrice de la plateforme « Sauvons Sebta », qui reconnaît toutefois les « équilibres diplomatiques délicats » que doit préserver le monarque.
La visite débutera à 12H30 (10H30 GMT) par une rencontre avec les autorités à l'Hôtel de ville, avant une visite d'un établissement scolaire de cette ville où cohabitent historiquement des communautés catholique, musulmane, juive et hindoue. Les souverains se rendront ensuite au cimetière de Sidi Embarek, où ils rendront hommage à plus d'une centaine de personnes mortes lors des événements de juillet, selon Madrid et Rabat.
Mohammed VI défend le partenariat avec l'Espagne
Vendredi, devant le Parlement, le roi Mohammed VI a souligné que le partenariat avec Madrid avait connu « d'importantes avancées », notamment en matière de lutte contre les migrations irrégulières, tout en constatant qu'il se heurtait aujourd'hui à « des défis majeurs ». Le souverain marocain a rejeté toute tentative de « pression » ou de « chantage », rappelant la position constante du Royaume sur la question de ses provinces du Sud et du plan d'autonomie qu'il propose pour la région du Sahara.
Pour Rabat, la visite de Felipe VI sera un test de la maturité du dialogue avec Madrid, à un moment où les relations bilatérales, relancées depuis le soutien espagnol au plan d'autonomie marocain, doivent composer avec les échéances électorales espagnoles et la pression migratoire.
Que représente Sebta pour le Maroc ?
Sebta est une enclave espagnole située sur le territoire marocain, dont la souveraineté est revendiquée par le Royaume du Maroc. La ville compte environ 80.000 habitants et se trouve entre la Méditerranée et l'Atlantique.
Pourquoi la visite de Felipe VI est-elle si sensible ?
C'est la première visite d'un souverain espagnol à Sebta depuis celle de Juan Carlos en 2007, qui avait provoqué une crise diplomatique avec Rabat. Elle intervient en outre peu après l'arrivée massive de plus de 70.000 migrants fin juillet et à moins de sept semaines des élections espagnoles du 29 novembre.
Quelle est la position du Maroc sur ses relations avec l'Espagne ?
Le roi Mohammed VI a défendu vendredi le « partenariat » avec l'Espagne, saluant des « d'importantes avancées », notamment contre les migrations irrégulières, tout en rejetant toute « pression » ou « chantage » et en rappelant les « défis majeurs » auxquels cette relation est confrontée.
