Sebta : la ministre espagnole de la Défense balaie les accusations d'El Español
La polémique autour des événements de Sebta (Ceuta) vient de connaître un nouveau rebondissement. Le quotidien espagnol El Español a affirmé que 72 militaires marocains, dont 22 agents du renseignement, se seraient infiltrés dans la ville pour coordonner les entrées des 30 et 31 juillet. Mais cette prétendue exclusivité n'aura tenu que quelques heures. Interrogée à Bruxelles, la ministre espagnole de la Défense, Margarita Robles, a renvoyé ces allégations au rang de « nombreuses spéculations », tandis que la justice espagnole tente toujours d'établir les faits.
Des accusations sans preuves publiées comme des certitudes
L'article d'El Español, signé Gustavo Molina Durango, ne laissait aucune place au doute dans son titre : « Des rapports du renseignement militaire ont identifié 72 militaires marocains comme les coordonnateurs des envahisseurs à l'intérieur de Ceuta ». Le journal affirmait que 22 de ces personnes appartenaient aux services de renseignement marocains et que les 50 autres étaient des militaires en activité.
Pourtant, le quotidien n'a publié aucun des trois rapports qu'il prétend avoir consultés. Aucune unité n'a été identifiée comme étant à l'origine de ces documents, et aucun élément indépendant ne permet de vérifier l'identité ou les agissements des personnes mises en cause.
La réponse cinglante de Margarita Robles
Interrogée à Bruxelles sur cette supposée identification, la ministre de la Défense a répondu : « Je n'en ai pas connaissance. Je sais que les spéculations sont nombreuses sur ce qui s'est passé. Une procédure judiciaire est désormais en cours et c'est dans ce cadre que les faits seront établis. »
Sollicité par Euronews, le ministère de la Défense s'en est tenu aux déclarations de la ministre. Ni le ministère de l'Intérieur ni la Délégation du gouvernement à Sebta n'avaient confirmé l'information au moment de sa publication.
Un précédent qui avait contraint le gouvernement à ouvrir ses archives
Ce n'est pas la première fois qu'El Español transforme des fragments d'un rapport confidentiel en accusation définitive contre le Maroc. Début septembre, le même quotidien avait présenté un document de 55 pages du Centre national de l'immigration et des frontières comme la preuve que les entrées avaient été guidées par des gendarmes marocains.
Le rapport existait, mais il ne disait pas tout ce que le journal lui avait fait dire. Il contenait des images d'agents en uniforme et de personnes en civil, évoquait une « permissivité » et un « guidage actif », mais n'identifiait aucun commanditaire, n'établissait aucune chaîne de commandement et ne démontrait pas que l'État marocain avait planifié une opération contre l'Espagne.
La version diffusée par El Español a immédiatement été érigée en fait établi par des partis politiques espagnols. Le Parti populaire a réclamé la démission du ministre de l'Intérieur, tandis que d'autres formations exigeaient des comptes. La fuite a provoqué un tel incendie que le gouvernement de Pedro Sánchez a fini par déclassifier une quarantaine de rapports rédigés entre le 1er juillet et le 1er août.
Les archives n'ont pas confirmé le récit du quotidien
L'ouverture de ces archives a montré que le CNI avait alerté aussi bien les autorités espagnoles que les services marocains, que la Garde civile jugeait « peu probable » que le Maroc ait toléré ou encouragé l'entrée massive, et qu'un autre rapport du CENIF attribuait l'organisation initiale aux migrants. Le directeur général de la Police, Francisco Pardo, avait également indiqué qu'aucun rapport ne attribuait aux forces de sécurité marocaines « la planification ou l'exécution » des événements.
Une plainte déposée auprès de la commission de déontologie du journalisme
Le chercheur et ancien ministre marocain Lahcen Haddad a saisi la Commission d'arbitrage, des plaintes et de la déontologie du journalisme, un organe lié à la Fédération des associations de journalistes d'Espagne. « En ma qualité de citoyen marocain, je demande que soit examiné le traitement journalistique d'El Español, qui a publié l'existence de trois rapports impliquant supposément 72 militaires marocains dans les événements de Ceuta », a-t-il écrit.
« Compte tenu de la gravité de l'accusation et de l'intérêt public de cette affaire, je vous demande d'évaluer si les règles de vérification et de rigueur journalistique ont été respectées et s'il y a lieu de recommander une rectification », a ajouté Lahcen Haddad.
Ce que l'on sait réellement
À ce stade, seuls trois faits sont établis. El Español a publié l'accusation comme une certitude. La ministre de la Défense a déclaré qu'elle n'en avait pas connaissance. L'enquête judiciaire chargée de déterminer qui a organisé les entrées reste ouverte.
Aucune autorité espagnole n'a publiquement confirmé la présence à Sebta de 72 militaires marocains infiltrés. En l'absence de preuves vérifiables, cette accusation repose sur des documents inaccessibles et des sources anonymes. En quelques heures à peine, Margarita Robles l'a ramenée sur le terrain qu'elle n'aurait jamais dû quitter, celui des « nombreuses spéculations ».
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'El Español a affirmé au sujet de Sebta ?
Le quotidien espagnol a affirmé que 72 militaires marocains, dont 22 agents du renseignement, se seraient infiltrés à Sebta pour coordonner les entrées des 30 et 31 juillet, sans publier les rapports qu'il prétend avoir consultés.
Quelle a été la réponse de la ministre espagnole de la Défense ?
Margarita Robles a déclaré n'avoir « pas connaissance » de ces rapports et a renvoyé ces allégations au rang de « nombreuses spéculations », précisant qu'une procédure judiciaire est en cours pour établir les faits.
Les autorités espagnoles ont-elles confirmé ces accusations ?
Non. Ni le ministère de la Défense, ni le ministère de l'Intérieur, ni la Délégation du gouvernement à Sebta n'ont confirmé l'information. Les archives déclassifiées par le gouvernement espagnol n'ont pas non plus confirmé le récit du quotidien.