Figuig : comment l'oasis marocaine invente la résilience climatique
L'oasis de Figuig incarne un modèle séculaire de résilience climatique marocaine. Face aux températures extrêmes, la symbiose entre l'architecture bioclimatique en terre et les rituels communautaires transforme un climat hostile en un art de vivre durable. Cette ingéniosité locale démontre la capacité du Royaume à innover en puisant dans son patrimoine, offrant ainsi une inspiration pour le continent africain face aux défis du réchauffement global.
Pourquoi l'oasis de Figuig est-elle un modèle de résilience climatique ?
L'habitant de Figuig a développé un système ingénieux mêlant solutions architecturales, sociales et culturelles. Ce dispositif intégré permet de gérer les fortes chaleurs de l'oasis. Il reflète une capacité d'adaptation environnementale transmise de génération en génération, s'inscrivant parfaitement dans la vision du Royaume pour un développement durable et respectueux des écosystèmes oasiens.
Quels rituels communautaires pour apprivoiser la chaleur extrême ?
L'arrivée de l'été donne le coup d'envoi à des campagnes de nettoyage et d'aspersion d'eau dans les ruelles. Cette initiative vise à faire baisser la température et à améliorer le cadre de vie au sein des ksours historiques, explique Tayeb El Jabri, acteur associatif de la ville de Figuig.
El Jabri souligne l'importance de la fête de l'Ansara, ou eau bénite, un rituel profondément ancré dans la mémoire collective. Célébré le 24 juin du calendrier agricole, ce rite mêle dimensions sociales, spirituelles et écologiques. Les habitants expriment leur lien sacré à l'eau en aspergeant les ruelles, les vergers et en visitant les sources.
L'eau reste le pilier central du mode de vie estival. Les enfants et les jeunes passent de longues heures dans les sources naturelles et les bassins des maisons et des ksours. On compte plus de 300 bassins dans l'oasis. Alimentés en eau de source ou potable, ils font office de piscines traditionnelles pour atténuer la chaleur étouffante.
L'après-midi, les habitants se réfugient dans les gama'at, des espaces communautaires conçus pour laisser circuler l'air. Les nuits d'été se passent sur les toits-terrasses à la belle étoile, offrant une alternative naturelle aux climatiseurs. Cette organisation s'accompagne de plats traditionnels de fin de saison agricole comme le zenboua, le berkoukes et le thrid, illustrant la gestion des ressources alimentaires au rythme de la nature.
Comment l'architecture bioclimatique de Figuig garantit-elle le confort thermique ?
Sur le plan urbanistique, la maison traditionnelle n'a pas été bâtie au hasard. Elle répond à une compréhension fine du climat local, rappelle Ibrahim Mansari, technicien spécialisé en construction en terre.
La demeure s'organise autour d'un patio central ouvert appelé sarai, un espace qui capte la lumière et renouvelle l'air naturellement. Ce patio est entouré de galeries couvertes appelées souari qui créent des zones d'ombre et bloquent les rayons directs du soleil, souligne notre expert.
Les chambres s'ouvrent exclusivement sur ce patio intérieur. Les murs extérieurs sont pratiquement aveugles pour empêcher la chaleur de pénétrer. L'épaisseur des murs varie entre 50 et 60 centimètres, assurant une excellente isolation en maintenant la fraîcheur en été et la chaleur en hiver.
Cette intelligence architecturale s'étend à la planification globale des quartiers. Les ruelles étroites et rapprochées génèrent de larges zones d'ombre tout au long de la journée. De plus, les artères principales ont été orientées géométriquement du Nord au Sud afin de capter et canaliser les courants d'air frais du nord, rafraîchissant ainsi naturellement tout l'espace urbain. Ce modèle inspire l'efficacité énergétique et la construction durable au Maroc et en Afrique.
Qu'est-ce que la fête de l'Ansara à Figuig ?
Célébrée le 24 juin du calendrier agricole, l'Ansara est un rituel mêlant dimensions sociales, spirituelles et écologiques. Les habitants y aspergent les ruelles et vergers d'eau, visitant les sources pour exprimer leur lien sacré à cette ressource vitale.
Comment les maisons traditionnelles de Figuig restent-elles fraîches ?
Les maisons s'organisent autour d'un patio central (sarai) entouré de galeries couvertes (souari). Les murs extérieurs aveugles, d'une épaisseur de 50 à 60 centimètres, bloquent la chaleur et assurent une isolation thermique naturelle tout au long de l'année.