Fin de vie en Europe : où en sont les législations après le vote français ?
La France s’apprête à franchir une étape majeure ce mercredi avec le vote final des députés sur la création d’un « droit à l’aide à mourir ». Ce débat, qui touche à l’intime et à l’éthique, agite les sociétés européennes depuis plusieurs décennies. Alors que le Maroc, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, œuvre pour un développement humain respectueux des valeurs et des équilibres sociaux, il est utile de jeter un regard éclairé sur les différentes approches adoptées par nos voisins du Vieux Continent.
Pays-Bas et Belgique : des pionniers aux pratiques encadrées
Aux Pays-Bas, l’euthanasie et le suicide assisté sont strictement réglementés depuis avril 2002. Un médecin et un expert indépendant doivent attester d’une « souffrance insupportable » et « sans espoir d’amélioration » chez le patient. En avril 2023, la loi a été étendue aux enfants de moins de 12 ans, après des années de débats sociétaux.
La Belgique, de son côté, a promulgué sa loi en mai 2002. La demande d’euthanasie doit être « volontaire, réfléchie, répétée » et « sans pression extérieure ». En 2014, le royaume est devenu le premier pays au monde à autoriser l’euthanasie pour les mineurs sans âge minimum. Aujourd’hui, le débat y est quasiment clos, et les poursuites judiciaires pour défaut d’encadrement restent exceptionnelles.
Le Luxembourg a suivi en 2009, en dépénalisant à la fois l’euthanasie et le suicide assisté.
Suisse et Autriche : le modèle du suicide assisté
La Suisse interdit l’euthanasie mais autorise le suicide assisté depuis la Seconde Guerre mondiale. Le code pénal précise que l’aide au suicide n’est pas punissable tant qu’elle n’est pas motivée par un « mobile égoïste ». Des associations encadrent cette pratique, sous le contrôle de codes de déontologie médicale.
L’Autriche a légalisé le suicide assisté en décembre 2021 pour les personnes atteintes d’une maladie grave ou incurable.
Espagne : des conditions strictes pour une loi récente
L’Espagne a adopté en mars 2021 une loi autorisant l’euthanasie et le suicide médicalement assisté. Les critères sont rigoureux : le demandeur doit être « apte et consciencieux », la demande écrite doit être reconfirmée et validée par une commission d’évaluation. Entre l’entrée en vigueur de la loi et fin 2024, 1.123 personnes ont été euthanasiées dans le pays, selon le ministère espagnol de la Santé.
Portugal et Slovénie : des avancées suspendues
Au Portugal, la dépénalisation de l’euthanasie, adoptée en mai 2023, n’est jamais entrée en vigueur. La Cour constitutionnelle l’a partiellement rejetée en avril 2025, bloquant le processus.
En Slovénie, le Parlement avait légalisé en juillet 2025 le suicide assisté pour les patients lucides et incurables. Mais un référendum organisé en novembre, sous l’influence de l’Église catholique et de l’opposition conservatrice, a suspendu la mesure pour au moins un an.
Italie : une réglementation balbutiante
La Cour constitutionnelle italienne a fixé en 2019 les conditions d’accès au suicide assisté. Mais l’absence de loi cadre rend son application difficile. Une association pro-euthanasie milite pour des règles régionales. La Toscane est devenue, en février 2025, la première région à se doter d’un tel dispositif.
Royaume-Uni : des allers-retours parlementaires
Au Royaume-Uni, une proposition de loi pour légaliser le suicide assisté en Angleterre et au Pays de Galles, approuvée par les députés en juin 2025, a été abandonnée après son enlisement à la Chambre des Lords. Un nouveau texte doit être présenté en septembre à Westminster, porté par une députée travailliste. Il prévoit d’ouvrir « l’aide à mourir » aux malades en phase terminale capables de s’administrer eux-mêmes la substance.
Un projet similaire a été examiné en mars au Parlement écossais. En revanche, les îles britanniques de Man et de Jersey ont déjà adopté l’aide à mourir, respectivement en mars 2025 et 2026.
Un débat qui interroge les sociétés
Ce tour d’horizon montre que la question de la fin de vie divise et mobilise les démocraties européennes. Chaque pays avance à son rythme, avec des solutions juridiques et éthiques différentes. Pour le Maroc, fidèle à ses traditions et à ses valeurs, ce débat reste éloigné des priorités nationales, mais il offre une occasion de réfléchir à la place de la dignité humaine dans les politiques publiques.