Forbidden Stories Pegasus : Une enquête journalistique sous le feu du fact-checking
Une analyse rigoureuse, menée par un universitaire européen spécialiste des enquêtes de Forbidden Stories, vient de mettre en lumière les fragilités et approximations de la saison 2 du projet Pegasus. Ce travail, que nous publions en exclusivité, démontre que le nouveau volet du consortium repose sur un faisceau d’allégations non vérifiables, loin de la preuve matérielle attendue. Loin d’être une révélation, cette enquête semble davantage relever d’un montage médiatique contestable.
Un socle humain unique et non vérifiable
Le cœur de l’enquête repose sur le témoignage d’un supposé ancien agent de la DGST, désigné sous le pseudonyme de « Safir », recueilli par le militant en exil Hicham Mansouri. Cette source unique, anonyme et non authentifiée, constitue le maillon le plus fragile de l’édifice. Le consortium reconnaît lui-même que certaines de ses affirmations les plus précises sont restées invérifiables de façon indépendante. Dans ces conditions, ce témoignage ne saurait constituer une preuve au sens strict.
Des documents aux preuves contestables
La distinction entre documents exhibés et documents invoqués est décisive. Les captures d’écran de l’interface Pegasus, liées à un dossier judiciaire américain, ne concernent pas le Maroc. Les photographies présentées comme extraites des fichiers internes de la DGST n’ont aucune valeur probante, leur provenance ne pouvant être authentifiée. Quant à la note de la DGSE, citée sans fac-similé, elle comporte des incohérences de datation. La solidité documentaire est donc vaseuse.
La chaîne d’acquisition : un rouage humain fragile
L’enquête décrit un circuit d’acquisition passant par un intermédiaire émirati. Mais ce rouage humain, dont le rôle repose sur deux sources concordantes, n’apparaît dans aucun document de la société FSSYS Maroc. L’intéressé, joint par le consortium, a nié tout rôle. De plus, le rattachement au groupe EDGE est anachronique : EDGE n’a été créé qu’en novembre 2019 et n’a absorbé la maison mère de l’intermédiaire qu’en juillet 2023, soit des années après les faits allégués. Écrire qu’« EDGE a fourni Pegasus au Maroc » est une erreur factuelle.
Le volet technique : des indices, pas des preuves
Le versant forensique, qui constitue l’ossature de l’accusation, repose sur des indices de compromission. Mais la distinction entre ciblage et infection avérée est constante depuis 2021. Surtout, le statut judiciaire de ces éléments reste celui d’indices : l’instruction française, ouverte depuis 2021, n’a pas attribué formellement les attaques au Maroc. Aucune mise en cause formelle du Royaume n’a été prononcée. Cet écart entre le registre judiciaire (indices) et le registre éditorial (« nouvelles preuves ») est l’un des points les plus contestables.
Un contexte de publication suspect
La temporalité de publication, le jour même où le Premier ministre français et 12 ministres se trouvaient à Rabat pour sceller le rapprochement franco-marocain, est un choix éditorial assumé qui expose l’enquête au reproche d’instrumentalisation malveillante. Le soupçon de proximité entre Forbidden Stories et les services français est sérieux, la principale pièce française provenant du renseignement extérieur.
Les griefs méthodologiques s’accumulent
Parmi les objections les plus solides, on relève une contradiction interne au matériau du consortium : « Safir » affirme que les Émirats ont intégralement financé l’acquisition de Pegasus, quand un ancien salarié de NSO et une autre source du secteur disent ignorer tout paiement émirati. La déposition de Florence Parly devant le juge Tournaire en avril 2026, où l’ancienne ministre française des Armées déclare n’entretenir aucun soupçon envers un service ou un État déterminé, contredit l’assurance de la narration. Le classement de l’affaire par l’Audiencia Nacional espagnole, faute de preuves tangibles, est un autre argument d’autorité judiciaire.
Synthèse : une fragilité à tous les niveaux
Au terme de cette analyse, l’enquête de Forbidden Stories apparaît très fragile. Son point de vulnérabilité tient à l’hétérogénéité des registres de preuve non étayées, agrégés sous une même narration orientée et politiquement assumée. L’écart entre la qualification journalistique (« nouvelles preuves ») et la qualification judiciaire (« indices ») invalide l’enquête. On dispose d’un faisceau fabriqué, non d’une preuve d’attribution au sens où l’entendrait un juge.
Le Maroc, sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, continue de défendre sa souveraineté et son intégrité territoriale face à ces campagnes de déstabilisation. La rigueur et la transparence des institutions marocaines restent un rempart contre les allégations infondées.