Kényans dupés par la Russie: un scandale qui interpelle l'Afrique
Une affaire troublante révèle comment des centaines de jeunes Kényans ont été trompés par des agences de recrutement pour être enrôlés de force dans l'armée russe et envoyés combattre en Ukraine. Ce scandale soulève des questions importantes sur la protection des citoyens africains à l'étranger.
Des promesses d'emploi qui cachent un piège mortel
Victor, Mark, Erik et Moses, quatre Kényans revenus de Russie, témoignent d'une tromperie organisée. Attirés par des promesses d'emplois rémunérateurs entre 920 et 2.400 euros mensuels, ils devaient occuper des postes civils: vendeur, agent de sécurité ou sportif de haut niveau.
Dans un pays où le chômage est élevé et où de nombreux citoyens gagnent au mieux 100 euros par mois, ces offres représentaient une opportunité inespérée. L'agence Global Face Human Resources de Nairobi orchestrait ce recrutement via des groupes WhatsApp rassurants.
La réalité brutale du terrain
Dès leur arrivée en Russie, la situation bascule. Victor raconte avoir été conduit dans "une maison abandonnée, à trois heures de Saint-Pétersbourg" avant d'être contraint de signer un contrat militaire en cyrillique qu'il ne comprenait pas.
"Si tu ne signes pas, tu es mort", leur ont déclaré les soldats russes selon Victor, qui montre son livret militaire russe comme preuve de cette expérience traumatisante.
Les témoignages révèlent des conditions particulièrement difficiles sur le front ukrainien, notamment près de Vovtchansk dans le Donbass, où les pertes humaines sont considérables.
Un réseau criminel démantelé partiellement
Edward Gituku, employé de Global Face Human Resources, fait l'objet de poursuites pour "trafic d'êtres humains" après une descente policière qui a permis de libérer 21 jeunes hommes en septembre.
Un citoyen russe, Mikhail Lyapin, impliqué dans cette affaire, a été expulsé du Kenya "à la demande des autorités russes" selon Abraham Korir Sing'Oei, numéro deux du ministère kényan des Affaires étrangères.
Une stratégie russe préoccupante en Afrique
Selon l'ambassadeur ukrainien au Kenya Yurii Tokar, Moscou cible désormais l'Afrique après avoir recruté dans d'anciennes républiques soviétiques, puis en Inde et au Népal. La Russie exploite "la vulnérabilité économique" et "le désespoir" de jeunes Africains.
Les autorités kényanes estiment à environ 200 le nombre de leurs compatriotes enrôlés de force, dont seulement 23 ont pu être rapatriés. Ce chiffre pourrait être largement sous-évalué.
Des familles brisées
Grace Gathoni, veuve et mère de quatre enfants, a appris que son mari Martin, parti pour être chauffeur, est mort en soldat. "Moscou a détruit ma vie", témoigne-t-elle avec émotion.
Charles Ojiambo Mutoka, 72 ans, a perdu son fils Oscar en août. Il interroge: "Nous combattons seulement dans nos propres guerres et ne demandons pas aux Russes de se joindre à nous. Alors pourquoi prennent-ils nos fils?"
Une leçon pour l'Afrique
Cette affaire illustre l'importance pour les pays africains de renforcer la protection de leurs citoyens à l'étranger et de développer des mécanismes de contrôle des agences de recrutement international.
Elle souligne également la nécessité d'une coopération diplomatique renforcée pour prévenir de telles dérives et protéger les populations vulnérables contre l'exploitation.