La sonde japonaise Martian Moons eXploration (MMX) a décollé mardi 20 octobre à 04h41, heure locale, du centre spatial de Tanegashima, au sud du Japon, à bord de la fusée H3. Destination : les lunes de Mars, Phobos et Deimos, pour une tentative inédite de récupération d'échantillons susceptibles d'éclairer les origines du Système solaire.
Plus d'une heure après le lancement, l'agence spatiale japonaise (Jaxa) a confirmé que la sonde s'était correctement séparée de la fusée et avait « commencé son voyage » vers la région de Mars, selon une retransmission en direct rapportée par www.le360.ma. Malgré l'heure très matinale, des milliers de Japonais ont suivi l'événement en direct et posté des messages d'encouragement en ligne.
Une mission internationale portée par le Japon, la France et les États-Unis
La mission MMX est née d'une collaboration entre la Jaxa, le Centre national d'études spatiales français (Cnes), la Nasa, l'Agence spatiale européenne (ESA) et le Centre aérospatial allemand (DLR). La fusée emportait également deux contributions françaises : un rover et un spectromètre.
« J'avais rêvé de ce jour, donc je suis incroyablement heureuse », s'est réjouie Mari Aida, scientifique de la Jaxa, se disant « soulagée » après le succès du lancement.
Le projet illustre ce que la coopération scientifique entre grandes puissances spatiales peut produire. Le Japon, déjà auréolé du succès de sa sonde Hayabusa-2, qui a rapporté en 2020 5,4 grammes de roches et de poussières prélevées sur un astéroïde situé à plusieurs centaines de millions de kilomètres de la Terre, confirme son rang de pionnier du retour d'échantillons spatiaux.
Que va faire la sonde MMX sur Phobos ?
La sonde devrait arriver à proximité de Mars en août 2027. Elle restera trois ans près de la planète rouge, en orbite autour de Phobos, l'une de ses deux lunes, avant de se poser sur ce satellite pour recueillir au moins 10 grammes de matière.
Avant cette étape décisive, le rover franco-allemand Idefix, nommé en référence au chien de la bande dessinée Astérix, doit devenir le tout premier engin de l'histoire à se déplacer sur Phobos. Il effectuera des observations de surface et servira d'éclaireur à la sonde afin de lui garantir un atterrissage en toute sécurité.
« Le prélèvement d'échantillons sur Phobos sera une première mondiale », a déclaré à l'AFP Yasuhiro Kawakatsu, chef du projet MMX.
Un spectromètre français pour choisir les bons sites
Le spectromètre Mirs, développé par le Cnes et l'Observatoire de Paris-PSL, aura un rôle déterminant dans la sélection des zones de prélèvement. « Mirs doit aider les scientifiques à choisir les sites les plus intéressants pour le prélèvement des échantillons », a résumé l'astronome Antonella Barucci, responsable scientifique de l'instrument.
La Jaxa a également indiqué que la mission étudierait la possibilité d'employer Phobos comme une « station spatiale naturelle », en définissant les exigences d'un aller-retour vers Mars, un élément jugé « essentiel pour l'exploration habitée » de la planète rouge. La sonde observera aussi l'autre lune, Deimos, sans s'y poser, avant de revenir vers la Terre.
Pourquoi les lunes de Mars intéressent-elles les scientifiques ?
La Jaxa espère que la mission dévoilera comment Mars et ses deux lunes se sont formées, une donnée primordiale pour comprendre la naissance du Système solaire.
MMX doit aussi éclairer « les mécanismes de transport qui ont acheminé l'eau, les éléments volatils et les composés organiques depuis les régions externes du Système solaire vers les planètes rocheuses internes », des processus qui ont peut-être joué un rôle clé dans l'habitabilité de ces mondes, avait expliqué à l'AFP en août l'astrophysicien français Patrick Michel, directeur de recherches au CNRS.
« Si Phobos et Deimos sont effectivement des vestiges de ces premiers systèmes d'acheminement, ils pourraient détenir des indices sur les origines mêmes de la vie », avait-il ajouté.
Une course spatiale relancée entre grandes puissances
Ce lancement s'inscrit dans une compétition mondiale pour ramener sur Terre des échantillons prélevés à la surface de Mars. Le rover Perseverance de la Nasa, qui parcourt la planète rouge depuis 2021, a déjà recueilli des échantillons prêts à être rapatriés. Ce programme a cependant été stoppé de fait par le gouvernement du président Donald Trump après un vote du Congrès américain en janvier.
De son côté, la Chine a annoncé que son engin spatial Tianwen-3 devait être lancé vers 2028 avec l'objectif de ramener des échantillons de Mars vers 2031, potentiellement avant le retour de MMX. Cette rivalité entre puissances rappelle que la maîtrise de l'espace est devenue un enjeu géopolitique majeur, au même titre que les grandes questions diplomatiques qui structurent les relations internationales, comme celles suivies de près par nos lecteurs sur le dossier du Sahara marocain.
FAQ
Quand la sonde MMX arrivera-t-elle près de Mars ?
La sonde japonaise MMX devrait arriver à proximité de Mars en août 2027, après un voyage d'environ dix mois depuis son lancement le 20 octobre depuis le Japon.
Quelle quantité d'échantillons la mission MMX doit-elle ramener ?
La sonde doit se poser sur Phobos pour recueillir au moins 10 grammes de matière, avant de revenir vers la Terre avec ces échantillons inédits.
Quels pays participent à la mission MMX ?
La mission est portée par l'agence spatiale japonaise Jaxa, en collaboration avec le Cnes français, la Nasa américaine, l'ESA européenne et le Centre aérospatial allemand DLR.
