La juriste sud-africaine Navi Pillay, âgée de 85 ans, a reçu vendredi le Prix Nobel de la Paix pour son engagement constant en faveur du droit international. Cette distinction intervient dans un contexte marqué par les conflits armés et les pressions exercées sur les institutions judiciaires internationales.
Le comité Nobel norvégien a salué le rôle déterminant de Mme Pillay pour garantir que les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et le génocide fassent l'objet de poursuites judiciaires. Une reconnaissance qui prend une dimension particulière alors que le droit international fait face à des attaques frontales, notamment de la part de l'ancien président américain Donald Trump.
Un parcours exceptionnel au service de la justice
Née le 28 septembre 1941 à Durban dans une famille modeste, Navanethem Pillay a grandi sous le régime de l'apartheid. Fille d'un chauffeur de bus, elle est devenue en 1967 la première femme non blanche à ouvrir un cabinet d'avocats dans la province du Natal. Elle y a défendu de nombreux opposants au régime, obtenant notamment en 1973 que les prisonniers politiques de Robben Island, où était détenu Nelson Mandela, puissent consulter des avocats.
Sur recommandation de Mandela, elle a rejoint le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), chargé de juger les responsables du génocide de 1994. Elle a présidé cette institution pendant quatre ans avant de rejoindre en 2003 la Cour pénale internationale à La Haye. En 2008, elle a été nommée Haute-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, fonction qu'elle a exercée jusqu'en 2014.
Le rapport sur Gaza au cœur des controverses
En septembre 2025, la commission d'enquête placée sous sa présidence a établi qu'Israël commet un génocide à Gaza depuis le début de la guerre déclenchée par l'attaque du Hamas du 7 octobre 2023. Israël a catégoriquement rejeté ce rapport, le qualifiant de « biaisé et mensonger » et accusant ses auteurs de parti pris antisémite.
Le comité Nobel, dans ses attendus, mentionne les travaux de Mme Pillay en lien avec les génocides au Rwanda et les soupçons de génocide en Birmanie, sans toutefois évoquer spécifiquement Gaza. Le président du comité, Jørgen Watne Frydnes, a précisé que le comité n'est pas un tribunal et qu'il accorde une grande confiance au professionnalisme et à l'intégrité de la lauréate.
Un message adressé aux détracteurs de la justice internationale
La récompense intervient dans un climat de tensions autour de la Cour pénale internationale. En 2024, celle-ci a émis des mandats d'arrêt, toujours inexécutés, contre Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité dans la bande de Gaza.
En réponse, Donald Trump a sanctionné plusieurs juges, procureurs et membres du personnel de la CPI, allant jusqu'à appeler les États membres à quitter cette institution qualifiée de « malfaisante » et « voyou ». Le Nobel constitue selon M. Frydnes « un message clair adressé à ceux qui exercent des pressions sur ces institutions, à ceux qui sanctionnent les juges et s'attaquent aux institutions ».
Une lauréate à l'humour mordant
Avec son sens de la repartie légendaire, Mme Pillay a déclaré devant le comité Nobel : « Si vous applaudissez un peu plus fort, je partagerai peut-être cette surprise avec Trump ». Une boutade qui illustre le caractère bien trempé de cette octogénaire qui n'a jamais cessé de croire en la justice.
« La justice est lente », avait-elle affirmé dans un entretien, avant d'ajouter : « Comme l'a dit Nelson Mandela, cela semble toujours impossible, jusqu'à ce qu'on le fasse. Je considère qu'il n'est donc pas impossible qu'il y ait des arrestations et des procès à l'avenir ».
Le Prix Nobel de la Paix, assorti d'un diplôme et d'un chèque de 12 millions de couronnes suédoises (environ un million d'euros), sera remis le 10 décembre à Oslo.
Questions fréquentes sur le Prix Nobel de la Paix 2026
Pourquoi Navi Pillay a-t-elle reçu le Prix Nobel de la Paix ?
Navi Pillay a été récompensée pour son rôle déterminant dans la poursuite des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité et des génocides, ainsi que pour son engagement de toute une vie en faveur du droit international.
Quel est le lien entre ce prix et le rapport sur Gaza ?
La commission d'enquête présidée par Mme Pillay a accusé Israël de génocide à Gaza, mais le comité Nobel n'a pas spécifiquement mentionné ce rapport dans ses attendus, se concentrant sur les travaux liés au Rwanda et à la Birmanie.
Quand et où le prix sera-t-il remis ?
Le Prix Nobel de la Paix sera remis le 10 décembre à Oslo, en Norvège, lors d'une cérémonie officielle.
