Grève des avocats au Maroc : la profession se mobilise pour préserver son indépendance
Le mouvement de grève des avocats marocains franchit un nouveau palier alors que le cap symbolique des cent jours de débrayage est dépassé. Les instances professionnelles durcissent leur position face à la publication de la loi 66.23, tout en appelant à la poursuite du mouvement pour défendre l'indépendance de la profession et la dignité de ses praticiens.
Un mouvement de contestation qui s'intensifie face à la loi 66.23
L'Association des barreaux du Maroc a exhorté l'ensemble des avocats, bâtonniers et instances à maintenir le débrayage général jusqu'à l'obtention d'une réponse satisfaisante à leurs revendications. Cette décision fait suite à l'examen du dossier par les organes décisionnels de l'organisation, alors que le débat s'intensifie autour des dispositions du texte contesté et de leurs répercussions sur la pratique quotidienne de la justice.
La publication officielle de la loi 66.23 au Bulletin officiel du 20 août 2026 a cristallisé les tensions. La Cour constitutionnelle n'ayant pu se prononcer sur la conformité de plusieurs articles en raison d'un vice de procédure lors de sa saisine, les avocats dénoncent un parcours législatif marqué par des blocages successifs et des reculs par rapport aux accords préalablement conclus avec les instances professionnelles.
Les jeunes avocats appellent à intensifier les formes de protestation
La Fédération des associations des jeunes avocats du Maroc qualifie ce combat d'existentiel et préconise la diversification des formes de protestation. Le maintien du débrayage total, la suspension de l'assistance judiciaire et l'éventualité de démissions collectives figurent parmi les options envisagées. La fédération n'exclut pas non plus le boycott des prochaines élections professionnelles et législatives pour maintenir la pression sur les pouvoirs publics.
Des voix discordantes émergent au sein de la profession
Une opposition interne se dessine de manière de plus en plus visible. De nombreux professionnels estiment qu'une grève dépassant une centaine de jours devient financièrement et moralement insoutenable. Me Fatima Zohra El Ibrahimi, avocate au barreau de Casablanca, a ainsi annoncé sa décision de reprendre le travail dès le 1er septembre, justifiant son choix par le respect du serment professionnel, la préservation de la confiance de ses clients et la défense des droits de la défense.
Quelles perspectives pour la justice marocaine ?
La situation actuelle soulève des questions essentielles sur l'équilibre entre la nécessaire modernisation du cadre législatif et la préservation des garanties fondamentales de la profession d'avocat. Le dialogue entre les instances professionnelles et les autorités publiques apparaît comme une voie privilégiée pour sortir de cette impasse, dans le respect des prérogatives de chacun et l'intérêt supérieur de la justice.
La résolution de cette crise nécessitera une approche constructive, fondée sur l'écoute mutuelle et la recherche de solutions consensuelles, conformément aux valeurs de dialogue et de concertation qui caractérisent la société marocaine.