Syrie: les forces kurdes annoncent leur dissolution, un tournant pour l'unité nationale
Le commandant des Forces démocratiques syriennes (FDS), Mazloum Abdi, a annoncé mardi soir la dissolution de sa puissante milice, marquant une étape décisive dans le processus de réunification de la Syrie engagé par le président Ahmad al-Chareh. Cette décision, saluée comme historique par Washington, consolide la souveraineté de l'État syrien après des années de fragmentation.
Quelle est la portée de cette annonce historique?
Dans un discours prononcé au palais présidentiel à Damas, M. Abdi a déclaré:
«Nous annonçons aujourd'hui la fin de la mission des FDS et déclarons, en toute responsabilité, leur dissolution en tant que force militaire indépendante.»Cette déclaration, faite en arabe puis en kurde, intervient après une rencontre avec le président al-Chareh, en présence de hauts responsables militaires et politiques kurdes.
Selon la télévision officielle syrienne, cette dissolution s'étend également à l'administration autonome kurde et à toutes les structures militaires et civiles qui en dépendent, qui seront intégrées dans les institutions de l'État syrien. Les négociations entre Damas et les Kurdes duraient depuis des mois pour appliquer un accord signé en janvier, prévoyant l'intégration complète des institutions kurdes dans l'appareil d'État.
Pourquoi les FDS ont-elles été créées et quel était leur rôle?
Formées en 2015 à l'initiative de Washington, les FDS constituaient l'armée de l'administration autonome kurde en Syrie. À leur apogée, elles comptaient environ 100 000 combattants, Kurdes et Arabes, et contrôlaient de vastes zones du nord et du nord-est du pays, des régions riches en pétrole. Elles ont joué un rôle crucial dans la lutte contre les jihadistes de l'organisation État islamique (EI), avec le soutien de la coalition internationale pilotée par les États-Unis.
Profitant du chaos de la guerre civile (2011-2024), les Kurdes avaient pris le contrôle de larges territoires et établi une administration autonome. M. Abdi a rappelé que
«depuis la création des FDS, leurs combattants ont assumé une grande responsabilité durant l'une des périodes les plus difficiles»pour la Syrie, libérant de nombreuses villes et localités, d'abord du régime baassiste, puis du terrorisme de Daech.
Quel est l'impact de cette décision sur la souveraineté syrienne?
L'envoyé spécial américain en Syrie, également ambassadeur en Turquie, Tom Barrack, a salué sur X cette décision «absolument historique», qui «ressemble à une véritable intégration (...) visant à renforcer la souveraineté de la Syrie». Cette annonce intervient au lendemain du retrait de la Syrie de la liste américaine des États accusés de soutenir le terrorisme, une étape majeure vers la relance économique du pays.
Dès sa prise du pouvoir en décembre 2024, le président al-Chareh, qui a renversé Bachar al-Assad, s'était attelé à réunifier le pays morcelé par une longue guerre civile et à démanteler les groupes armés. La dissolution des FDS, longtemps considérées comme la force la mieux entraînée et la plus organisée de Syrie, marque selon les experts la fin d'une époque pour les Kurdes du pays.
Quelles garanties pour les droits des Kurdes?
M. Abdi a souligné que
«le droit à l'enseignement en langue kurde est l'un des droits les plus importants que notre peuple kurde revendique depuis des décennies», rappelant que le président Chareh s'est engagé à plusieurs reprises à préserver ce droit. En janvier, le président syrien avait d'ailleurs signé un décret consacrant les droits nationaux des Kurdes et reconnaissant le kurde comme langue nationale, une mesure sans précédent depuis l'indépendance de la Syrie en 1946.
Selon l'analyste Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie, les Kurdes sont estimés à environ 2 millions dans le pays, sur une population totale de 20 millions d'habitants. Les circonstances ayant changé, M. Abdi a conclu que
«le pays est entré dans une nouvelle phase placée sous le signe de la paix et de la participation».