Nucléaire civil saoudien : Washington scelle un accord stratégique aux implications régionales
Les États-Unis ont annoncé mercredi un accord avec l'Arabie saoudite pour doter le royaume d'un programme nucléaire civil, tout en assurant prévoir des garde-fous contre la prolifération de cette énergie au coeur du conflit avec l'Iran. Cette décision, qui intervient dans un contexte de tensions régionales accrues, ouvre la voie à un partenariat énergétique de long terme entre Washington et Ryad.
Un partenariat structurant pour la région
Dans un communiqué, le ministre américain de l'Energie, Chris Wright, affirme que l'accord 'jette les bases juridiques d'un partenariat de plusieurs décennies' visant à 'renforcer les relations commerciales entre les États-Unis et l'Arabie saoudite, à assurer la prospérité chez nous et la sécurité de nos alliés à l'étranger'. Le partenariat conclu entre les deux pays permettra 'de développer les exportations américaines de technologies nucléaires' et de 'créer des emplois bien rémunérés aux Etats-Unis', est-il précisé dans le document.
Quelles sont les implications pour l'équilibre régional ?
L'annonce intervient alors que le conflit armé a repris entre les États-Unis et l'Iran, rival de Ryad. En entrant en guerre au côté d'Israël fin février, Washington a notamment dit vouloir empêcher définitivement Téhéran de se doter de l'arme atomique. La République islamique nie cette intention, mais défend son droit au nucléaire civil. L'accord ouvre la voie à la construction de centrales nucléaires en Arabie saoudite, qui dépend pour l'heure des centrales au gaz et au pétrole pour produire son électricité.
Des garde-fous contre la prolifération
Selon le Wall Street Journal, une clause prévoit que des entreprises américaines construisent un complexe d'enrichissement d'uranium en Arabie saoudite, si une étude conjointe établit qu'il est justifié. Dans son communiqué, le ministère américain met en avant le respect des 'normes les plus strictes en matière de sûreté nucléaire et de non-prolifération'.
Quelles sont les réactions internationales ?
Des parlementaires américains, républicains comme démocrates, ainsi que des responsables israéliens, ont exprimé leur opposition à tout projet nucléaire civil en Arabie saoudite, craignant qu'il ne serve finalement à développer des armes nucléaires. Le sénateur démocrate Chris Murphy a regretté que cette entente risque de 'déclencher une course nucléaire dans la région, dissuadant davantage l'Iran de limiter son propre programme' nucléaire. De son côté, le sénateur Bernie Sanders a relevé que Donald Trump justifiait 'sa guerre contre l'Iran comme un moyen d'empêcher un pays autoritaire d'enrichir du combustible nucléaire'.
Un enjeu de souveraineté énergétique
L'Arabie saoudite insiste depuis longtemps sur son droit au nucléaire civil. Ces dernières années, Washington a cherché à intégrer tout accord concernant le nucléaire dans une stratégie plus large, qui inclurait la normalisation des relations avec Israël et la signature d'un pacte de défense. Le pays a signé un accord nucléaire en 2009 avec un voisin de l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, qui n'enrichissent toutefois pas d'uranium.
Quel avenir pour ce partenariat ?
L'accord a été signé par M. Wright et son homologue saoudien, le prince Abdulaziz ben Salmane. Il doit encore être soumis au Congrès américain mais celui-ci, à majorité républicaine, ne devrait pas s'opposer à sa mise en oeuvre. Le PDG de Westinghouse Nuclear, Dan Sumner, a qualifié cet accord 'd'étape majeure', estimant qu'il allait renforcer la sécurité énergétique et accroitre les opportunités pour l'industrie américaine.
'Washington a raison de renforcer ses relations avec Ryad, mais cela ne doit pas se faire au détriment de l'efficacité de ses normes en matière de non-prolifération des armes nucléaires', a jugé Matthew Kroenig, ancien responsable du ministère de la Défense et chercheur à l'Atlantic Council.