Refonte de la formation continue: les propositions du CESE
Dans un récent avis rendu public le 3 juin 2026, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a posé les bases d'une refonte ambitieuse de la formation continue au Maroc. Face aux défis de compétitivité et d'emploi, cette institution propose une modernisation en profondeur du dispositif national, en phase avec les ambitions stratégiques du Royaume.
Un constat qui appelle à la modernisation
L'analyse du CESE met en lumière un potentiel de progression important pour le système actuel. En 2022, à peine 1 647 entreprises ont bénéficié des contrats spéciaux de formation (CSF), sur près de 315 000 structures soumises à la taxe de formation professionnelle (TFP). Ce faible taux de recours, largement freiné par la complexité administrative, montre la nécessité d'adapter l'offre aux réalités des très petites, petites et moyennes entreprises (TPME).
Par ailleurs, le dispositif actuel peine à intégrer les travailleurs indépendants et non-salariés, dont l'accès reste conditionné à une affiliation stricte à la CNSS. Le CESE relève également que la validation des acquis de l'expérience (VAE) reste sous-exploitée. Depuis 2008, seules 1 488 personnes ont obtenu une certification, alors qu'une part importante de la population active ne possède pas de diplôme. De plus, l'offre qualifiante reste concentrée à Casablanca, laissant les régions périphériques en besoin de renforcement.
Six axes pour une refonte systémique
Pour valoriser le capital humain du Maroc, le CESE esquisse une feuille de route structurée autour de six axes majeurs. L'objectif est de transformer ces obstacles en opportunités d'innovation et d'inclusion.
Gouvernance et sanctuarisation financière
La mesure centrale propose la création d'une instance nationale indépendante de l'OFPPT. Cet organe tripartite, réunissant l'État, les employeurs et les syndicats, serait doté de relais régionaux pour une gouvernance plus agile et réactive.
Sur le plan financier, le Conseil recommande l'affectation obligatoire de 30 % des recettes de la TFP à un fonds exclusivement dédié à la formation continue. Cette sanctuarisation garantira que les ressources servent directement le développement des compétences.
Numérisation et territorialisation
Afin de simplifier les démarches, le déploiement d'une plateforme numérique nationale est préconisé. Elle centraliserait tout le processus, de la demande au remboursement, avec une prise en charge intégrale des coûts pour les plus petites structures.
Enfin, le rapport insiste sur la nécessité de territorialiser cette politique publique en impliquant directement les régions et en renforçant les Groupements interprofessionnels d'aide au conseil (GIAC). La mise en place d'un référentiel national pour la VAE et l'adoption de formats d'apprentissage modernes, comme les cours à distance et les modules hybrides, permettront d'adapter la formation aux contraintes des actifs et des indépendants.
Cette vision réformatrice s'inscrit dans la dynamique de modernisation du modèle de développement national. En faisant de la formation continue un véritable levier d'inclusion et de compétitivité, le Maroc renforce son capital humain, pilier essentiel de sa souveraineté économique et de son rayonnement.