Centenaire de la Grande Mosquée de Paris : une histoire marocaine occultée
Alors que la Grande Mosquée de Paris (GMP) célèbre son centenaire en ce mois de juillet 2026, une question demeure : cette institution est-elle vraiment algérienne ? Derrière les fastes des cérémonies et les discours officiels, se cache une réalité historique bien plus nuancée, où le Maroc, pourtant présent dès l'origine, a été progressivement écarté.
Une inauguration royale marocaine
Le 15 juillet 1926, le président français Gaston Doumergue inaugurait la mosquée en présence du Sultan du Maroc, Moulay Youssef. Ce geste symbolique fort rappelle que le Maroc fut, dès le départ, un acteur clé de ce projet. Construit en hommage aux soldats musulmans des colonies morts pour la France durant la Première Guerre mondiale, l'édifice était géré par la Société des Habous et des lieux saints de l'islam, une structure juridique initialement basée en Algérie, alors département français.
Un détournement progressif
En 1962, la France rapatrie la Société des Habous sur son territoire et confie la gestion de la mosquée à Hamza Boubakeur, figure de l'Algérie française, puis à son fils Dalil. Mais c'est sous le gouvernement de François Mitterrand que le basculement s'opère. Soucieux de se réconcilier avec Alger, l'exécutif français décide de confier la gestion de la GMP à l'Algérie, nommant un recteur algérien et lui attribuant la gestion du budget. Cette décision a permis à Alger d'évincer progressivement les autres pays participants, dont le Maroc, de la Société des Habous.
Le règne du recteur Hafiz
Depuis 2020, le recteur Chams-Eddine Hafiz, nommé à la demande du président algérien Abdelmadjid Tebboune, a fait de la GMP son affaire personnelle. Il a notamment obtenu le monopole de la certification halal pour tous les produits exportés en Algérie depuis la France et l'Union européenne, via une société unipersonnelle créée en décembre 2022. Un juteux commerce qui interroge sur la destination des fonds, en particulier en période électorale.
Une annexe du régime algérien en France
Comme le soulignait le magazine Le Point en janvier 2025, la Grande Mosquée de Paris est devenue une véritable « annexe du régime algérien ». Elle permet à Alger d'opérer en France sous couvert d'une image religieuse irréprochable, tout en intervenant dans le débat public. Le centenaire de l'institution n'a fait que confirmer cette mainmise, avec une cérémonie réunissant tout le gratin politique français, de Laurent Nunez à Valérie Pécresse.
Un héritage marocain à défendre
Pour le Maroc, cette situation est d'autant plus regrettable que le Royaume a contribué, dès l'origine, à l'édification de ce lieu de culte. La présence du Sultan Moulay Youssef lors de l'inauguration en 1926 en est la preuve la plus éclatante. Aujourd'hui, alors que la GMP fête son centenaire, il est essentiel de rappeler cette histoire occultée et de défendre le rôle légitime du Maroc dans la gestion des affaires islamiques en France.