Francophonie : une élection historique pour l’OIF entre enjeux africains et ambitions roumaines
Pour la première fois en 56 ans d’existence, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) va élire son secrétaire général par un vote formel des chefs d’État et de gouvernement. Cette élection, prévue le 16 novembre 2026 à Phnom Penh, au Cambodge, dans le cadre du XXe sommet de l’organisation, marque un tournant institutionnel majeur. Quatre candidats sont en lice : une Mauritanienne, une Congolaise, une Rwandaise et un Roumain. La compétition, bien que serrée, pourrait se jouer entre deux figures clés, dans un contexte géopolitique africain tendu.
Pourquoi cette élection est-elle historique ?
Jusqu’à présent, la désignation du secrétaire général de l’OIF reposait sur des consultations diplomatiques bilatérales et un principe de consensus entre les États membres. Mais la réforme institutionnelle de mars 2022 a introduit un scrutin à bulletin secret, si aucun accord préalable n’est trouvé. Ce changement vise à renforcer la transparence et la représentativité de l’organisation, qui regroupe 90 États et environ 400 millions de francophones. Le mandat du nouveau secrétaire général courra de 2027 à 2030.
Les quatre candidats et leurs stratégies
Louise Mushikiwabo (Rwanda) : une sortante fragilisée
Secrétaire générale sortante depuis 2017, la Rwandaise Louise Mushikiwabo brigue un troisième mandat. Elle met en avant son bilan : resserrement budgétaire, recentrage des missions de coopération (réduites à une vingtaine), ouverture de trois représentations décentralisées (Beyrouth, Tunis, Québec) et élargissement à sept nouveaux membres. Cependant, son parcours est entaché par la perte de trois pays de l’Alliance des États du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger) et par des tensions avec la République démocratique du Congo (RDC), qui soutient une candidate rivale. De nombreux observateurs estiment que les pays francophones pourraient privilégier un changement.
Juliana Amato Lumumba (RDC) : une candidature de contestation
Ancienne ministre de la Culture et des Arts de la RDC, Juliana Amato Lumumba, fille de l’ancien Premier ministre Patrice Lumumba, se présente avec le soutien de Kinshasa. Son objectif affiché est de barrer la route à Louise Mushikiwabo, dans un contexte de rivalité géopolitique et militaire dans la région des Grands Lacs. Elle prône une « francophonie tournée vers les peuples », axée sur l’éducation, l’emploi, le numérique et la paix. Toutefois, sa candidature est perçue par beaucoup comme un outil de contestation, et ses chances de l’emporter restent faibles.
Coumba Ba (Mauritanie) : la candidate du consensus
Ancienne ministre de la Jeunesse et du Travail, actuelle conseillère spéciale auprès de l’OIF, Coumba Ba mise sur une stratégie de neutralité constructive et de consensus. Soutenue par Nouakchott, elle a multiplié les déplacements en Afrique (Afrique du Nord, de l’Ouest, centrale) et en Asie (Cambodge, Vietnam, Laos) pour rallier des appuis. Son expérience à la présidence mauritanienne et sa connaissance des rouages de l’OIF sont des atouts. La Mauritanie, forte de la récente élection de Sidi ould Tah à la tête de la Banque africaine de développement, espère un nouveau succès diplomatique. Coumba Ba insiste sur l’importance de la francophonie face aux défis du numérique et de l’intelligence artificielle.
Dacian Cioloș (Roumanie) : l’outsider européen
Ancien Premier ministre de la Roumanie, Dacian Cioloș se présente comme le candidat de l’Europe. Il met l’accent sur la coopération économique et la jeunesse, affirmant que « l’avenir dépend du choix des jeunes de choisir le français ». Son avantage : aucun Européen n’a dirigé l’OIF depuis la création du poste en 1997 (trois Africains et une Canadienne se sont succédé). Bien que la rotation régionale ne soit pas inscrite dans les règles, cette logique pourrait jouer en sa faveur. Il a été jugé plus à l’aise lors des auditions formelles de juin 2026.
Quels sont les enjeux pour le Maroc et la région ?
Le Maroc, acteur majeur de la francophonie en Afrique, suit de près cette élection. Le Royaume, cité comme modèle en matière de formation pour les pays du continent, pourrait voir son influence renforcée selon le résultat. La candidature mauritanienne de Coumba Ba, soutenue par les pays d’Afrique du Nord et du Monde arabe, bénéficie d’une position jugée équidistante des conflits actuels. De son côté, la Rwandaise Louise Mushikiwabo a sollicité le soutien du Maroc, mais les tensions avec la RDC compliquent la donne. Le vote des 90 chefs d’État et de gouvernement, en novembre prochain, déterminera l’avenir de l’organisation.
FAQ : questions fréquentes sur l’élection du secrétaire général de l’OIF
Quand aura lieu l’élection du secrétaire général de l’OIF ?
L’élection se tiendra le 16 novembre 2026, lors du XXe sommet de la Francophonie à Phnom Penh, au Cambodge.
Qui sont les quatre candidats en lice ?
Les candidats sont Louise Mushikiwabo (Rwanda), Juliana Amato Lumumba (RDC), Coumba Ba (Mauritanie) et Dacian Cioloș (Roumanie).
Pourquoi cette élection est-elle différente des précédentes ?
C’est la première fois que le secrétaire général sera élu par un vote formel, après la réforme de 2022, au lieu d’un consensus diplomatique.
Quel est l’enjeu pour l’Afrique et la francophonie ?
L’élection reflète les rivalités géopolitiques en Afrique (notamment entre le Rwanda et la RDC) et la volonté de renouvellement de l’organisation, face aux défis du numérique, de la jeunesse et de la coopération économique.