Botola à 20 clubs : un débat qui esquive les vraies priorités du football marocain
Alors que le football national s'apprête à débattre d'un élargissement de la Botola à 20 clubs, une question de fond mérite d'être posée : cette réforme répond-elle réellement aux besoins structurels du championnat marocain, ou risque-t-elle de détourner l'attention des véritables défis ?
Un projet qui gagne du terrain, mais interroge
Le débat sur l'élargissement de la Botola à 20 clubs prend de l'ampleur. Après plusieurs présidents de clubs et entraîneurs, l'Union marocaine des footballeurs professionnels (UMFP) a officiellement rejoint le camp des partisans de cette réforme. Son communiqué, publié ce dimanche 16 août, intervient à la veille d'une réunion cruciale de la Ligue nationale de football professionnel (LNFP) avec les dirigeants des clubs de D1 et D2.
L'organisation, qui défend les intérêts des joueurs professionnels, avance des arguments séduisants : davantage d'emplois pour les acteurs du football, plus d'opportunités pour les joueurs, un nombre supérieur de matchs professionnels et un impact économique positif dans les villes concernées.
Un calendrier déjà saturé
La LNFP éprouve déjà des difficultés à garantir un calendrier stable avec 16 équipes. Reports, matchs reprogrammés, changements de dates et manque de visibilité pour les clubs, les diffuseurs et les supporters sont monnaie courante. Le calendrier doit également absorber la Coupe du Trône, les compétitions interclubs de la CAF, les dates FIFA et les obligations des sélections nationales.
Passer de 16 à 20 clubs ferait grimper le championnat de 30 à 38 journées. Cela représente 64 matchs supplémentaires à programmer, arbitrer, organiser et sécuriser. Une équation difficile à résoudre dans un système qui peine déjà à faire tenir le programme actuel.
La question financière, angle mort de la réforme
Une partie importante des clubs professionnels marocains évolue déjà dans une situation financière fragile. Créances, salaires impayés et litiges avec d'anciens joueurs ou entraîneurs reviennent régulièrement dans l'actualité. L'élargissement impliquerait davantage de déplacements, de primes, de frais d'hébergement et d'organisation, sans garantie d'une augmentation proportionnelle des revenus.
Les droits audiovisuels, la billetterie, le sponsoring et le marketing devraient constituer le socle économique d'une telle réforme. Mais rien ne démontre aujourd'hui que ces revenus progresseraient mécaniquement avec l'ajout de quatre clubs supplémentaires.
Des infrastructures sous pression
Le Maroc est engagé dans un vaste programme de construction et de rénovation de ses stades en perspective de la Coupe du monde 2030. Plusieurs grandes enceintes sont ou seront concernées par des travaux, obligeant certains clubs à chercher des solutions de repli. Ajouter 64 matchs au calendrier professionnel pendant cette période de forte pression sur les infrastructures paraît paradoxal.
Quel impact sportif réel ?
L'argument selon lequel davantage de clubs et de matchs permettraient automatiquement d'élever le niveau des joueurs mérite d'être interrogé. Le football marocain vit un paradoxe : les Lions de l'Atlas se sont imposés parmi les références du football africain, mais cette réussite repose largement sur des joueurs formés à l'étranger ou issus de l'Académie Mohammed VI de football. Les joueurs évoluant en Botola peinent à se frayer une place durable en équipe nationale A.
Une réforme précipitée ?
La LNFP a convié les présidents des clubs de D1 et D2 à une réunion prévue lundi 17 août. La question de l'augmentation du nombre d'équipes à 20 dès cette saison figure parmi les sujets à l'ordre du jour. Une transformation aussi lourde mériterait pourtant une étude économique approfondie, un calendrier prévisionnel, une évaluation des infrastructures et une vision à plusieurs années.
Le football marocain a déjà connu des innovations présentées comme structurantes avant d'être abandonnées ou profondément remaniées. La Coupe de l'Excellence en est l'exemple le plus récent.
Les véritables priorités de la Botola
La Botola a besoin de réformes : un calendrier lisible et respecté, des clubs financièrement solides, des centres de formation performants, des stades disponibles, un produit audiovisuel plus attractif et une gouvernance capable de donner de la visibilité aux clubs, aux sponsors et au public. Une fois ces fondations consolidées, le débat sur le nombre idéal de clubs pourra être ouvert sereinement.
Commencer par le nombre, alors que tant de problèmes structurels restent sans réponse, revient à traiter le symptôme avant d'avoir établi le diagnostic. La Botola réclame des fondations solides. On lui propose déjà la bague.