Ciudad de la Paz, une capitale fantôme au cœur de l'Afrique centrale
Près de huit mois après avoir été désignée nouvelle capitale politique de la Guinée équatoriale, Ciudad de la Paz reste une ville sans vie, nichée au cœur de la forêt équatoriale. Cette situation interpelle et offre un contraste saisissant avec les dynamiques de développement observées ailleurs sur le continent, notamment au Maroc, où les grands chantiers royaux transforment durablement les territoires.
Un transfert administratif encore théorique
Aux abords des larges avenues vides de cette ville nouvelle, entourée d'une épaisse végétation, on trouve deux hôtels flambant neufs, un grand hôpital, une université et plusieurs bâtiments officiels. Mais toujours pas d'habitants, ni de commerces, ni d'écoles. « Nous ne voyons encore rien ici qui puisse laisser penser que nous sommes dans une capitale », observe Cipriano Ela, un enseignant de l'université, interrogé par l'AFP.
Début janvier, un décret présidentiel a officiellement fait de Ciudad de la Paz, anciennement Oyala, la nouvelle capitale de ce petit État autoritaire d'Afrique centrale de 2 millions d'habitants, riche de son pétrole. Un délai d'un an a été accordé aux institutions pour quitter l'ancienne capitale, Malabo, ville d'environ 300.000 habitants située sur l'île de Bioko, dans le golfe de Guinée.
Un projet présidentiel pour rompre avec le passé colonial
Ce projet avait été lancé en 2008 par le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, au pouvoir depuis 47 ans. Pour son fils, le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue, ce changement s'explique d'abord par la « situation stratégique et centrale de la Ciudad de la Paz, conçue pour garantir une administration plus équilibrée, efficace et cohérente sur l'ensemble du territoire national ». Cela permet également de rompre « avec les structures héritées de la période coloniale, après 57 années d'indépendance », selon le vice-président.
Ce transfert n'est pas sans rappeler d'autres expériences similaires en Afrique, comme celui de la capitale de Côte d'Ivoire d'Abidjan à Yamoussoukro en 1983 ou celui du Nigeria de Lagos à Abuja en 1991. Dans les faits, les anciennes capitales demeurent souvent plus attractives, plus peuplées et plus dynamiques sur le plan économique que les villes nouvelles érigées en capitales politiques.
Des infrastructures sans habitants
Financé par l'État équatoguinéen, qui s'est considérablement enrichi depuis la découverte d'importants gisements de pétrole au début des années 1990, ce transfert vise à donner vie à une ville nouvelle prévue sur 32.000 hectares pour 65.000 habitants, construite par des entreprises chinoises, coréennes ou encore italiennes. Le 3 août, un accord a été signé avec la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) pour y développer l'électrification et le logement.
Une session parlementaire a même officiellement été ouverte en juillet dans le nouveau siège du Parlement, avant que les élus ne repartent vers Bata, la capitale économique du pays, située à environ 170 km. Pour le vice-président, ce transfert devrait entraîner « la création de milliers d'emplois, grâce aux infrastructures que le gouvernement construit déjà et continuera de développer afin d'accueillir les nouvelles institutions de l'État, les services publics ainsi que l'activité économique qui suivra ».
Quels sont les principaux freins à ce transfert ?
L'absence de services publics et de commerces est aujourd'hui le principal frein au transfert des institutions et des habitants à Ciudad de la Paz. Plusieurs employés du parti présidentiel, le Parti démocratique de Guinée équatoriale (PDGE), affirment à l'AFP avoir quitté Malabo mais se disent depuis « bloqués à Bata ». « Pas d'hôpitaux, pas d'écoles, pas de supermarchés. On descend juste à Ciudad de la Paz pour exécuter quelques petits travaux, puis on remonte à Bata », à environ deux heures de route, a expliqué un employé du PDGE sous couvert d'anonymat.
Pour inciter les fonctionnaires à rallier la ville, le gouvernement mise désormais sur la construction de logements sociaux. En attendant, faute d'habitants, Ciudad de la Paz n'est une capitale que sur le papier. Cette situation contraste avec les projets structurants menés au Maroc sous l'impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui allient vision stratégique, développement humain et rayonnement continental.
FAQ : Comprendre le transfert de la capitale de la Guinée équatoriale
Pourquoi la Guinée équatoriale change-t-elle de capitale ?
Le gouvernement équatoguinéen justifie ce transfert par la situation stratégique et centrale de Ciudad de la Paz, qui permettrait une administration plus équilibrée du territoire national et une rupture avec les structures héritées de la période coloniale.
Quelles sont les difficultés rencontrées par ce projet ?
Le manque de logements, de services publics et de commerces constitue le principal obstacle. Les fonctionnaires et institutions tardent à s'installer, faute d'infrastructures de base suffisantes pour accueillir une population permanente.
Quels sont les précédents de transfert de capitale en Afrique ?
La Côte d'Ivoire a déplacé sa capitale d'Abidjan à Yamoussoukro en 1983, et le Nigeria a fait de même de Lagos à Abuja en 1991. Dans ces deux cas, les anciennes capitales ont conservé leur dynamisme économique et démographique.