Jet d'argent lors des mariages : une tradition qui interroge la société marocaine
Au Maroc, la tradition du jet d'argent lors des mariages et des célébrations suscite un débat croissant. Entre vanité affichée et solidarité perdue, cette pratique, de plus en plus répandue, interroge les valeurs de modération prônées par notre noble religion et les réalités économiques du pays.
Une pratique qui s'éloigne des valeurs de modération
Notre religion est une religion de modération et de juste milieu, interdisant le gaspillage et l'ostentation de l'argent sans raison. Pourtant, lors de nombreux mariages, on assiste à un spectacle de luxe où l'argent est jeté au sol, en l'air, sous les pieds et au-dessus des têtes. Cette démonstration de richesse, souvent motivée par un désir de paraître, contraste fortement avec l'enseignement religieux qui qualifie les prodigues de frères des démons.
Les réseaux sociaux ont amplifié ce phénomène, certains n'hésitant pas à jeter de l'argent lors de mariages dans les villages, les villes et même les festivals, sans aucun contrôle ni enquête sur l'origine de ces fonds. Pendant ce temps, une grande partie de la population déplore le coût élevé de la vie, le faible pouvoir d'achat et le spectre grandissant de la pauvreté et du chômage.
Une tradition de solidarité perdue
Il est important de rappeler que nos coutumes et traditions bien ancrées de la belle époque renfermaient une véritable solidarité et entraide familiale. On voyait les gens, individuellement et collectivement, dépenser et allouer leurs ressources aux jeunes mariés comme soutien à leur nouveau foyer. Ces actes de solidarité ont même incité les jeunes mariés à ne pas recourir aux institutions bancaires pour emprunter.
Aujourd'hui, la question se pose : pourquoi cet argent n'est-il pas offert sous forme de cadeaux et de soutien financier aux jeunes mariés, en secret ou même ouvertement ? Au lieu de cela, on assiste à une ostentation et une fierté artificielle aux motivations diverses.
Une atteinte à la dignité des artistes
Ce phénomène ne touche pas seulement les mariages. De nombreux artistes se voient jeter de l'argent de tous côtés, dans une image qui incarne le véritable sens de l'humiliation. Le respect de l'artiste ne se manifeste pas en jetant de l'argent sur sa tête, en l'air et sous ses pieds, mais en respectant son histoire, son parcours artistique et sa popularité auprès de son public. Cela se concrétise par un accord entre lui et l'organisateur, stipulant le cachet convenu, qui lui est remis avant ou après l'événement.
Des risques pour la société
Le jet d'argent sur les têtes et sous les pieds des artistes ne porte pas seulement atteinte à leur dignité, mais peut aussi les exposer au danger, surtout dans des sociétés touchées par la pauvreté, et parmi les jeunes confrontés au dénuement, au chômage et à la toxicomanie. Ces pratiques, désormais courantes dans la plupart des mariages et des célébrations, peuvent exaspérer l'opinion publique et alimenter des sentiments de jalousie et de ressentiment, et pourraient être une cause de vengeances ou de désordre au sein même de la fête.
Quelles solutions face à ce phénomène ?
Face à cette situation, beaucoup estiment que ce phénomène est en expansion, ce qui nécessite la recherche de solutions réalistes pour y remédier. Certains observateurs proposent l'adoption de lois criminalisant le jet de monnaie lors des mariages et le piétinement de celle-ci. D'autres appellent à un retour aux valeurs de solidarité et de modération qui ont toujours caractérisé la société marocaine.
Il est essentiel de rappeler que les bienfaits durent par la gratitude et disparaissent par l'ingratitude et l'arrogance. La véritable richesse ne se mesure pas à l'argent jeté en public, mais à la générosité discrète et à la solidarité authentique envers les jeunes mariés et les artistes.