Catastrophe himalayenne : le Népal face à une crise humanitaire sans précédent
La crue dévastatrice survenue mercredi à la frontière entre le Népal et la Chine a provoqué la mort de près de 700 personnes et laisse plus de 3.000 disparus, alors que les secours doivent désormais faire face à la menace de nouvelles inondations. Cette tragédie, provoquée par l'effondrement d'une partie d'un glacier himalayen, a englouti des villages entiers et détruit des infrastructures vitales.
Quel est le bilan humain de la catastrophe ?
Au moins 691 corps ont été retrouvés, dont 675 au Népal et 16 dans la région chinoise du Tibet. Les autorités restent sans nouvelles de 3.044 personnes, parmi lesquelles 2.498 Népalais et 546 ressortissants chinois. Parmi les disparus figurent 261 étrangers originaires de 23 pays, dont 104 Népalais, 49 Indiens, 33 Lettons, 18 Américains et 15 Britanniques.
Des centaines de touristes et de pèlerins qui se rendaient au mont Kailash, lieu sacré pour les hindous et les bouddhistes, font également partie des personnes portées disparues. La fondation Isha, dirigée par le chef spirituel Sadhguru, a confirmé qu'un groupe de 80 personnes lié à son organisation se trouvait dans le secteur de Gyirong au moment du drame.
Comment les secours sont-ils organisés ?
Plus de 2.100 secouristes ont été mobilisés côté chinois pour tenter d'atteindre le cœur de la zone dévastée. Les équipes progressent à pied sur des routes coupées ou ensevelies, tandis que des drones effectuent des reconnaissances aériennes et acheminent du matériel dans les secteurs devenus inaccessibles.
Au Népal, l'armée est parvenue à introduire un tuyau d'air dans l'un des tunnels où plus d'une centaine d'ouvriers pourraient être bloqués sur des chantiers de barrages hydroélectriques. Les recherches se concentrent notamment sur les installations de Trishuli 3A et Trishuli 3B, mais les opérations progressent lentement en raison de l'épaisse couche de boue mêlée de rochers et de débris.
« Les gens veulent absolument retrouver leurs proches, morts ou vivants, mais on n'y arrive pas. Regardez toute cette boue », a confié à l'AFP Kawan Koirala, un secouriste de la sécurité civile népalaise, épuisé après dix-huit heures de travail sans interruption.
Quelle est la menace de nouvelles crues ?
Les autorités népalaises ont appelé dimanche les équipes de secours et les habitants à la prudence après avoir constaté une augmentation du débit de la rivière Bhote Koshi, dans le district de Rasuwa. La Division népalaise de prévision des crues a indiqué que le niveau de la rivière Trishuli avait dépassé de trois mètres le seuil de danger.
Du côté chinois, la menace immédiate représentée par l'une des retenues d'eau formées en amont du poste-frontière de Gyirong semble s'être atténuée, mais un autre plan d'eau, plus vaste, a été repéré au pied du glacier effondré. Selon les experts, le risque d'inondation persistera tant que ces retenues ne se seront pas entièrement vidées.
Quel est l'impact économique de la catastrophe ?
Le coût de la reconstruction pourrait atteindre entre quatre et cinq milliards de dollars, soit près de 10% de l'économie népalaise, selon une première estimation du ministre des Finances, Swarnim Wagle. Les installations hydroélectriques endommagées représentent à elles seules plus de 12% de la capacité nationale de production d'électricité.
Le ministre népalais des Affaires étrangères, Shisir Khanal, a appelé la communauté internationale à apporter une aide financière, logistique et technique. Les États-Unis ont déjà annoncé le déblocage de 3,6 millions de dollars d'aide humanitaire, comprenant une aide alimentaire d'urgence pour 10.000 foyers pendant trois mois.
Quel rôle joue le changement climatique ?
Les experts attribuent le déclenchement de la catastrophe à l'effondrement d'une partie du glacier proche du Langtang Lirung, dont les causes précises restent à déterminer. Les scientifiques soulignent que le réchauffement climatique accélère la fonte des glaciers et le dégel du pergélisol, deux phénomènes susceptibles de déstabiliser les parois rocheuses et les masses de glace.
« Le réchauffement climatique provoqué par la combustion par l'humanité de quantités colossales de charbon, de pétrole et de gaz rend des tragédies comme celle-ci, et tant d'autres à travers le monde, beaucoup plus probables, fréquentes et graves », a averti Simon Stiell, responsable de l'ONU Climat.
« Le Népal émet moins de 0,01% des gaz à effet de serre, mais nous, le peuple népalais, sommes parmi les principales victimes du changement climatique », a de son côté souligné Shisir Khanal, en appelant à une mobilisation internationale pour préserver l'écosystème himalayen.