Maroc-Gaza: le modèle royal de déradicalisation en action
Le Washington Institute for Near East Policy souligne la capacité unique du Maroc à contribuer à la stabilisation religieuse de Gaza. Fort de deux décennies de réformes menées sous l'impulsion du roi Mohammed VI, le Royaume s'impose comme un partenaire clé pour l'après-guerre, combinant expertise en déradicalisation et diplomatie stratégique.
Pourquoi le modèle marocain intéresse-t-il la communauté internationale pour Gaza ?
Le think tank américain Washington Institute for Near East Policy met en lumière la capacité avérée d'exportation du dispositif marocain de déradicalisation. Alors que le Board of Peace, piloté par Washington, se réunit à Chypre pour organiser la gouvernance de l'après-guerre, la question des partenaires régionaux crédibles se pose avec acuité. Le Maroc se distingue par un système religieux qui combine formation étroitement réglementée et action de proximité communautaire. Cette architecture offre une double réponse pour Gaza: la réhabilitation des extrémistes et la reconstruction des institutions.
Comme le note l'institut, les relations stratégiques de Rabat avec Washington et Jérusalem, couplées à son expérience contre l'extrémisme, confèrent au Maroc un rôle utile dans la mise en œuvre du plan américain de stabilisation.
Comment l'Institut Mohammed VI est devenu une référence mondiale
L'architecture actuelle du champ religieux marocain est le fruit d'une refonte profonde lancée après les attentats de Casablanca en 2003. Sous la direction du roi Mohammed VI, les mosquées ont été placées sous l'autorité du ministère des Habous et des Affaires islamiques. L'État contrôle désormais le financement, les revenus des biens habous et l'habilitation des imams. Les guides de prêche ont été réécrits pour valoriser le rite malikite, fondé sur la tolérance et l'unité nationale plutôt que sur des interprétations détournables vers la violence.
En 2015, le souverain a inauguré l'Institut Mohammed VI pour la formation des imams, mourchidines et mourchidates. Cet établissement est devenu un vecteur essentiel de la diplomatie religieuse du Maroc en Afrique de l'Ouest et au Sahel. Avec un curriculum standardisé et un vivier de formateurs agréés, l'Institut a formé plus de 2 798 imams étrangers jusqu'à fin 2022. Les accords bilatéraux se multiplient, à l'image du mémorandum signé en juillet 2025 pour la formation de 400 imams maliens supplémentaires.
En parallèle, le Maroc déploie des mourchidines et mourchidates sur le terrain, dans les écoles et les prisons, pour promouvoir un islam modéré rejetant la violence. Depuis 1998, l'Agence Bayt Mal Al-Qods Acharif, présidée par le roi Mohammed VI, complète ce dispositif par des actions humanitaires et civiques auprès de la population palestinienne, finançant écoles, cliniques et soutien aux orphelins.
Quelle application concrète pour la stabilisation de Gaza ?
À Gaza, la gouvernance post-conflit ne peut occulter la religion de la vie publique, mais elle doit empêcher son instrumentalisation politique. Le modèle marocain y répond par un système de licences, un curriculum axé sur la modération et une validation stricte des prêches.
Le rôle du Maroc consisterait à former les Palestiniens selon la méthode de formation des formateurs, déjà éprouvée en Tunisie et au Mali. Ce sont des cadres palestiniens qui géreraient eux-mêmes les programmes et les licences. Le Comité national pour l'administration de Gaza (NCAG), qui comprend une commission des affaires religieuses, offre une opportunité idéale. Le partenaire qui structurera cette commission définira l'autorité religieuse de Gaza pour les années à venir.
Rabat possède également un atout diplomatique majeur. Sa relation de travail avec Israël, facilitée par l'accord tripartite, permet une coordination fluide avec toutes les parties prenantes. L'institut conclut toutefois que les programmes marocains auront un impact maximal s'ils s'intègrent dans un cadre de stabilisation global et coordonné.
Qu'est-ce que le Board of Peace ?
Il s'agit d'un organe piloté par Washington chargé de réfléchir à la gouvernance et à la stabilisation de Gaza après le conflit. Il se réunit actuellement à Chypre pour discuter de la mise en œuvre du plan en vingt points de l'administration américaine.
Combien d'imams étrangers l'Institut Mohammed VI a-t-il formés ?
Depuis sa création, l'Institut Mohammed VI a formé plus de 2 798 imams, mourchidines et mourchidates venus principalement d'Afrique et d'Europe, selon les chiffres disponibles à fin 2022.
Pourquoi le rite malikite est-il central dans le modèle marocain ?
Le rite malikite est fondé sur la tolérance et l'unité nationale. Il est privilégié dans la formation des imams pour contrebalancer les interprétations scripturaires susceptibles d'être détournées vers la violence extrémiste.