Yémen : Ryad et les Houthis s’affrontent, La Mecque au cœur des tensions
Le conflit yéménite connaît une escalade préoccupante. Mercredi, les Houthis ont signalé de nouvelles frappes saoudiennes sur leur territoire, tandis que Ryad les accuse d’avoir tenté une attaque de drone contre La Mecque, une accusation fermement démentie par les rebelles. Cette situation intervient dans un contexte régional déjà tendu, où la stabilité du Golfe et les routes maritimes stratégiques sont en jeu.
Une escalade qui inquiète la communauté internationale
L’Arabie saoudite, alliée du gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale, est confrontée depuis début septembre à des frappes houthies d’une ampleur nouvelle. Le conflit, qui s’est réveillé en juillet, ouvre un front supplémentaire dans une région déjà marquée par de multiples crises. Les Houthis ont par ailleurs infligé des revers aux forces gouvernementales en prenant le contrôle du littoral de la mer Rouge, renforçant leur emprise sur le détroit de Bab el-Mandeb, passage vital pour le commerce mondial entre l’Europe et l’Asie.
La Mecque, une « ligne rouge » pour Ryad
Le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, a fait état de 40 frappes saoudiennes en 24 heures dans les provinces de Taëz, Marib et Hodeida. De son côté, la coalition militaire menée par Ryad a indiqué avoir détruit mardi un drone lancé par les Houthis « avant qu’il n’entre dans l’espace aérien interdit » de La Mecque. « La sécurité des deux saintes mosquées et de leurs visiteurs constitue une ligne rouge », a averti la coalition, tandis que le royaume saoudien a dénoncé une attaque « lâche ».
La nouvelle a suscité une vive émotion parmi les habitants de la ville sainte. « Je ne vais pas cacher que nous avons eu peur. Ne sont-ils pas musulmans ? Ils prennent pour cible la ville la plus sainte qui soit », a témoigné un résident sous couvert d’anonymat. Un autre a décrit des « gens paniqués se précipitant vers la fenêtre pour voir ce qui se passait ».
Condamnations internationales et démentis houthis
Plusieurs pays arabes, dont la Jordanie, l’Égypte, la Syrie et le Liban, ont condamné cette attaque. Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Fahmy, a évoqué un « fait d’une extrême gravité », et l’Organisation de la coopération islamique (OCI) a parlé d’« attaques odieuses ». La Turquie a également exprimé son soutien à la souveraineté et à la sécurité de l’Arabie saoudite.
Les Houthis, eux, ont vivement démenti avoir ciblé la ville sainte. Leur porte-parole a affirmé qu’ils visaient des installations pétrolières et des bases militaires « éloignées des sites sacrés ». Ils ont revendiqué une attaque contre une installation du géant saoudien Aramco à Yanbu et une autre contre la base aérienne de Khamis Mushait, affirmant également avoir abattu un avion de chasse saoudien.
Des conséquences économiques et diplomatiques majeures
Cette escalade a des répercussions directes sur l’économie mondiale. Le Brent, référence internationale du brut, s’échangeait mercredi à un peu moins de 106 dollars le baril, un niveau bien supérieur à celui d’avant le conflit. L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, est sous pression, tant sur son sol qu’en mer, avec des menaces conjuguées des Houthis en mer Rouge et de l’Iran dans le Golfe.
Dans ce contexte, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane multiplie les contacts diplomatiques. Il s’est rendu mardi en Égypte, où il a appelé, aux côtés du président Abdel Fattah al-Sissi, à « garantir la liberté et la sécurité de la navigation maritime » en mer Rouge. Ryad cherche également à s’assurer le soutien des États-Unis, alors que selon le média américain Axios, le président Donald Trump aurait refusé d’ordonner des frappes contre les Houthis.
Une crise humanitaire qui s’aggrave
Au moins 100 000 personnes ont été déplacées au Yémen depuis le lancement de l’offensive houthie début septembre, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). La précédente guerre, entre 2014 et 2022, avait déjà provoqué une crise humanitaire majeure dans ce pays, le plus pauvre de la péninsule arabique. La communauté internationale suit avec attention l’évolution de cette situation, dont les conséquences dépassent largement les frontières de la région.