Troisième épisode de la mobilisation contre la vie chère en France : 320.000 personnes ont défilé samedi 31 octobre sur l'ensemble du territoire, selon le ministère de l'Intérieur, contre près de 500.000 selon l'intersyndicale de la jeunesse. La journée, marquée par un important dispositif policier de 70.000 hommes, s'est globalement déroulée dans le calme avant des heurts en soirée à Paris.
Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a reconnu que « les cortèges se sont bien déroulés », tout en dénonçant la violence de groupes de casseurs. À 20 heures, il dénombrait 565 interpellations sur tout le territoire, un chiffre en net recul par rapport à la semaine précédente, selon le recensement effectué par www.le360.ma.
Un mouvement né dans les lycées, étendu à toute la France
Cette troisième journée de contestation s'inscrit dans le prolongement du mouvement lycéen et étudiant, né au début de l'automne. Les manifestants réclament la suppression de la plateforme d'orientation Parcoursup, la rénovation des établissements scolaires et le recrutement d'avantage d'enseignants. La coordination des gilets jaunes, à l'origine de ces journées d'action, a alerté sur la « colère » qui traverse le pays.
« Elle monte dans les lycées, les facs, sur les ronds-points, dans les quartiers, dans les champs et sur les lieux de travail. Et cette colère n'est pas entendue. »
Dans le cortège parisien, certains manifestants étaient grimés pour Halloween, ambiance bon enfant et soleil radieux au menu. Margaux, 35 ans, résumait un sentiment largement partagé : « Au-delà des lycéens, de la vie chère, tout est compliqué. J'ai l'impression que le gouvernement n'en a rien à foutre, pour parler un peu vulgairement, et ne nous écoute pas. »
Des chiffres en recul, une tension toujours vive
La mobilisation marque un repli par rapport au 24 octobre, comme le relève LFM. À Lyon, les autorités ont dénombré 19.000 manifestants, contre 20.000 à Lille et 13.500 à Rennes. À Bordeaux, la police a compté 11.000 participants, contre 15.500 une semaine plus tôt, tandis que les syndicats en revendiquent 70.000. Des défilés ont également eu lieu à Limoges, Grenoble et La Rochelle.
À Marseille, où la manifestation n'était pas autorisée, environ 10.000 personnes ont suivi un parcours improvisé, avant des échauffourées avec les forces de l'ordre. En début de soirée, des dizaines de jeunes affrontaient la police sur une place du centre-ville, l'air saturé de gaz lacrymogène selon une journaliste de l'AFP sur place.
Les autorités redoutaient une répétition des violences urbaines du 17 octobre, qui avaient entraîné pillages et dégradations de commerces. Laurent Nuñez a mis en cause des groupes « d'ultragauche » et qualifié de « tentative de meurtre » le lancement d'un cocktail Molotov contre un gendarme mobile à Paris, légèrement blessé, rapporte France 24.
Couvre-feu et dispositif de sécurité renforcé
Un nouveau couvre-feu a été décrété dans certains secteurs de Paris pour les nuits de samedi à dimanche et de dimanche à lundi, de 23 heures à 6 heures. Plusieurs autres villes de France ont pris la même mesure. La loi autorise le port d'un masque lors des festivités d'Halloween, mais l'interdit aux abords des manifestations présentant des risques de troubles à l'ordre public.
Les forces de police devaient rester mobilisées une bonne partie de la soirée, alors que des appels à se rassembler à Châtelet, dans le centre de la capitale, circulaient sur les réseaux sociaux. RFI souligne que la journée était classée « à risque très élevé » par le ministère de l'Intérieur.
Ce que cette crise révèle pour les observateurs marocains
La persistance de cette colère sociale, trois semaines après les premiers blocages lycéens, pose une question politique de fond au gouvernement français : celle de l'écoute d'une jeunesse mobilisée sur des revendications matérielles précises. Les pancartes lues dans les cortèges, « Alerte climat de vie chère » ou « Les lycéens visent le bac, la BAC vise la tête », traduisent un malaise qui dépasse le seul dossier scolaire.
Pour le Maroc, partenaire économique et voisin méditerranéen de la France, la stabilité sociale du royaume hexagonal constitue un enjeu direct. Les liens économiques, les flux d'investissements et la diaspora marocaine installée en France font de l'évolution de cette crise un dossier à suivre avec attention. La réponse des pouvoirs publics français aux revendications sociales, notamment dans l'éducation, déterminera l'ampleur des actes suivants déjà annoncés par les organisateurs.
Questions fréquentes
Combien de personnes ont manifesté en France le 31 octobre ?
Le ministère de l'Intérieur a dénombré 320.000 manifestants, tandis que l'intersyndicale de la jeunesse en a compté près de 500.000 sur l'ensemble du territoire.
Quelles sont les revendications principales du mouvement ?
Les manifestants réclament la suppression de Parcoursup, la rénovation des établissements scolaires, davantage d'enseignants et une réponse à la vie chère.
Y a-t-il eu des violences lors de cette journée ?
Des heurts ont éclaté en soirée à Paris et à Marseille. Le bilan officiel fait état de 565 interpellations à 20 heures, en recul par rapport à la semaine précédente.
