Les exportations aéronautiques du Maroc ont atteint 26,216 milliards de dirhams à fin septembre 2026, en progression de 22,3% sur un an, selon les données de l'Office des changes relayées par www.le360.ma. C'est le meilleur taux de croissance de l'année pour une filière devenue, en un quart de siècle, l'une des vitrines industrielles du Royaume.
Sur les neuf premiers mois de 2026, les ventes ont rapporté 4.781 millions de dirhams de plus que sur la même période de 2025, où elles s'établissaient à 21.435 MDH. La tendance n'a cessé de s'accélérer : la hausse était de 21,5% fin août, avec un cumul de 22.969 MDH, et de 12,6% seulement à la fin du premier trimestre. La Vie éco confirme cette dynamique dans un bilan plus large des exportations nationales.
Une filière montée en puissance en 26 ans
Pour Hamid Benbrahim El Andaloussi, PDG de Midparc, la plateforme aéronautique de Nouaceur, ces chiffres sont l'aboutissement d'un long travail. Le Maroc comptait trois sociétés aéronautiques en 2000 ; il en compte 155 en 2025-2026. Le secteur a réalisé environ 3 milliards de dollars d'exportations en 2025, avec une croissance annuelle de 14% à 15%.
« D'ici 5 ans, on va doubler », affirme-t-il. La filière a également changé de nature, passant des systèmes électriques, la base de la pyramide des valeurs, vers des segments plus nobles.
« On est parti des systèmes électriques, la base de la pyramide des valeurs, et aujourd'hui nous sommes dans le moteur d'avion et dans le train d'atterrissage », rappelle-t-il.
Le moteur concentre selon lui 50% de la technologie aéronautique. « Être dans le moteur d'avion, c'est un game changer », estime-t-il, alors que le Maroc abrite déjà un centre majeur d'entretien des moteurs CFM et un autre pour les LEAP, et qu'un centre d'assemblage du LEAP 1A est en développement avec Safran.
L'assemblage tire la croissance
L'assemblage explique l'essentiel de la hausse des exportations. Fin septembre, ce segment a exporté 18.025 MDH contre 14.136 MDH un an plus tôt, soit une progression de 27,5%, son plus haut niveau de l'année. Le câblage, première brique historique de la filière, a mis plus de temps à décoller : les systèmes d'interconnexion électrique reculaient encore de 5,9% en janvier avant de repasser en positif. Ils atteignent désormais 8.100 MDH à fin septembre, en hausse de 12%.
Pourquoi les grands groupes choisissent le Maroc
Le Royaume a profité du recul de compétitivité des pays d'Europe de l'Est et a dépassé l'Afrique du Sud comme première base aéronautique du continent il y a une dizaine d'années. « Un certain nombre d'acteurs majeurs qui avaient des installations en Pologne, en Roumanie ou ailleurs se replient sur le Maroc », note le PDG de Midparc, qui résume : « Nous ne sommes pas dans le bas coût. Nous sommes dans la colocalisation économiquement soutenable. »
Safran, investisseur le plus engagé
Le groupe français emploie près de 5.000 personnes sur dix sites au Maroc. En octobre 2025, il a lancé à Midparc un complexe de moteurs d'avions de deux usines, pour 3,4 milliards de dirhams. En février 2026, il a annoncé une usine de trains d'atterrissage de plus de 280 millions d'euros, destinée à la famille A320, opérationnelle en 2029 avec près de 500 emplois.
Son directeur général, Olivier Andriès, a affirmé sur BFM Business que « nous avons des talents extraordinaires au Maroc ». Le président du conseil d'administration, Ross McInnes, insiste lui sur le partenariat : Safran « ne produit pas au Maroc mais avec le Maroc ».
Airbus et Pratt & Whitney renforcent leur empreinte
Airbus emploie environ 1.300 personnes au Royaume et travaille avec une centaine de fournisseurs locaux, qui font vivre près de 1.000 emplois indirects, selon Gabriel Sémelas, président d'Airbus pour l'Afrique et le Moyen-Orient. « Chacun de nos avions commerciaux comporte aujourd'hui des composants fabriqués au Maroc », a-t-il assuré en juillet à Farnborough, citant la stabilité du pays, la fiabilité de son cadre juridique et la qualité de son capital humain. Le constructeur envisage par ailleurs un pôle régional pour ses hélicoptères, ouvert aux marchés africains.
Pratt & Whitney Canada a inauguré son usine de Midparc le 21 avril, avec un investissement de 76 millions de dollars, financés à 25% par l'État. Le site, qui compte 77 salariés et en vise 200 en 2030, fabrique des pièces pour les moteurs PT6, PW300 et PW500. « On a fait le choix stratégique de venir ici au Maroc », explique Laurent Bouyer, vice-président opérations, après une comparaison mondiale des sites possibles.
Trelleborg a inauguré le 9 juin sa deuxième usine marocaine, après celle de Kénitra, pour environ 130 MDH, tandis que LeSiteinfo relève que la bonne tenue de l'aéronautique a contribué à la progression des exportations marocaines à fin septembre, aux côtés de l'automobile et de l'agroalimentaire.
Services et formation, les prochains défis
Les services restent le maillon faible de la filière : 90% des sociétés marocaines opèrent dans la fabrication, alors que l'entretien et la maintenance pèseront davantage que la production sur les 20 prochaines années, selon le PDG de Midparc. « Dans les services, nous n'avons pas fait suffisamment », reconnaît-il. L'atelier LEAP de Safran et le pôle hélicoptères d'Airbus amorcent un rééquilibrage.
Côté emploi, le secteur compte 27.000 postes, avec un âge moyen de 30 ans et 40% de femmes, au-dessus de l'objectif national de 35%. L'Institut des métiers de l'aéronautique, piloté par les industriels du GIMAS, forme les jeunes en alternance selon le principe du « tailleur sur mesure », chaque entreprise transmettant ses besoins. La pression sur les profils qualifiés devrait s'accentuer à mesure que les nouvelles usines montent en charge, alors que la France elle-même peine à recruter la moitié des 25.000 à 30.000 jeunes dont elle a besoin chaque année.
Hamid Benbrahim El Andaloussi regarde déjà vers d'autres secteurs : machines médicales, sécurité et défense, avec des bases industrielles dédiées lancées par le Maroc et la première société marocaine du secteur en préparation à Midparc.
« Je dirais que le plus dur a été fait. Le plus dur, c'était de crédibiliser le Maroc », conclut-il.
Questions fréquentes
Quel est le montant des exportations aéronautiques marocaines à fin septembre 2026 ?
Elles atteignent 26.216 millions de dirhams sur les neuf premiers mois de 2026, en hausse de 22,3% par rapport à la même période de 2025, selon l'Office des changes.
Quels segments tirent la croissance du secteur ?
L'assemblage, avec 18.025 MDH exportés à fin septembre (+27,5%), porte l'essentiel de la progression, devant les systèmes d'interconnexion électrique (+12%).
Combien d'entreprises aéronautiques compte le Maroc ?
La filière regroupe 155 sociétés en 2025-2026, contre seulement 3 en 2000, et emploie 27.000 personnes selon Midparc.
