La France connaît ce samedi 7 novembre son quatrième week-end consécutif de mobilisation sociale, alors que le gouvernement de Sébastien Lecornu prépare des annonces sur le pouvoir d'achat attendues lundi à l'issue d'une conférence sociale à Matignon.
Le mouvement, né au début du mois d'octobre, ne faiblit pas. Jeudi, entre 575.000 personnes selon le ministère de l'Intérieur et 1,6 million selon la CGT ont défilé dans toute la France pour réclamer une hausse des salaires, selon le360.ma. Pour Rabat, qui suit attentivement la stabilité de son premier partenaire européen, l'enjeu est de taille : la France reste le premier investisseur étranger au Maroc et une crise sociale prolongée à Paris aurait des répercussions sur les dossiers bilatéraux, du Sahara aux flux commerciaux.
Un dispositif sécuritaire massif reconduit
Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a annoncé vendredi la reconduction du dispositif de sécurité en vigueur depuis les émeutes du 17 octobre, avec 70.000 policiers et gendarmes mobilisés sur l'ensemble du territoire.
« Le risque est exactement le même que pour les samedis précédents », a-t-il déclaré, appelant les préfets à « ne pas baisser la garde face à des phénomènes plus éclatés voire sporadiques dont le niveau de violence ne baissera pas en intensité ». Les préfets ont pris des arrêtés d'interdiction de manifestation dans les centres-villes, selon TV5MONDE, afin d'empêcher tout rassemblement spontané.
À Rennes, la préfecture d'Ille-et-Vilaine a estimé que « les conditions ne sont pas réunies » pour la tenue de rassemblements dans le centre, en raison notamment des « graves violences » survenues jeudi dans la ville.
Les syndicats maintiennent la pression avant Matignon
La mobilisation de samedi vise à peser sur les décisions du gouvernement, deux jours avant la conférence sociale avec les syndicats et le patronat convoquée lundi matin à Matignon, suivie l'après-midi de rencontres avec les organisations lycéennes et étudiantes.
Dans un courrier adressé vendredi aux partenaires sociaux, le Premier ministre Sébastien Lecornu affirme « entendre les attentes exprimées sur les salaires et le pouvoir d'achat » ainsi que les « inquiétudes » des employeurs. Cette conférence « permettra de présenter les réponses concrètes aux attentes des Français », écrit-il.
L'intersyndicale de jeunesse (Union étudiante, Fage, Unef et USL) et les unions syndicales régionales appellent à manifester samedi « contre la vie chère et pour la jeunesse » au sein d'un cortège autorisé, reliant la place de la République à celle de la Nation, sur le même tracé que jeudi.
L'intersyndicale rassemblant les huit principaux syndicats nationaux a d'ores et déjà indiqué qu'elle prendrait position dès lundi soir. « La seule chose qui arrêtera la mobilisation, c'est la réponse aux revendications portées depuis plusieurs semaines par les salariés, les fonctionnaires, les jeunes et les retraités », ont écrit vendredi ces organisations.
Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, premier syndicat français, a réclamé une hausse de 100 euros nets mensuels du Smic. L'ampleur de la manifestation de jeudi « doit inciter le gouvernement à comprendre qu'il ne peut pas attendre la présidentielle », a-t-elle ajouté, dans des propos rapportés par RFI. Le gouvernement laisse entendre depuis plusieurs jours qu'il est ouvert à une mesure sur le Smic, mais son ampleur n'atteindrait sans doute pas les exigences des syndicats.
Les gilets jaunes en cavalier seul
La coordination des gilets jaunes a fait scission avec les syndicats. Elle appelle à un rassemblement distinct samedi après-midi place de la Concorde, à deux pas de l'Assemblée nationale, une action interdite par la préfecture de police de Paris.
« Nous irons à Concorde à 14 heures et nous y resterons jusqu'à 19 heures », a déclaré vendredi Benjamin Ball, membre de leur coordination, à la sortie de la préfecture de police. « Nous appelons à désobéir massivement », a-t-il prévenu.
L'avocat des gilets jaunes, David Libeskind, explique ce choix par la dimension politique du mouvement : la Concorde est « un lieu emblématique, près de l'Assemblée nationale, un lieu de pouvoir, puisque nos revendications sont politiques ».
Le mouvement des gilets jaunes compte toutefois quelque 120 actions prévues samedi sur tout le territoire selon leur carte interactive, loin des 1.700 actions revendiquées lors de leur acte I du 17 octobre.
Ce que cette crise signifie pour le Maroc
Au-delà du spectacle parisien, cette crise sociale interroge sur la capacité de l'État français à conduire ses réformes dans la durée. Le Maroc a intérêt à un partenaire français stable et audible sur la scène internationale, notamment sur les dossiers africains et méditerranéens où les deux pays coopèrent, et sur la question du Sahara où le soutien de Paris au plan d'autonomie sous souveraineté marocaine doit pouvoir s'inscrire dans la continuité.
La suite du mouvement dépendra en grande partie des réponses que le gouvernement apportera lundi lors de la conférence sociale. L'intersyndicale tranchera dès lundi soir entre la poursuite de la mobilisation et une pause, selon La Gazette France.
