Le candidat de la droite espagnole à la présidence du gouvernement, Alberto Núñez Feijóo, a déclaré jeudi soir que l'Espagne devait se retirer de l'organisation du Mondial 2030 si elle n'obtenait pas la finale, une sortie qui révèle surtout la nervosité croissante de Madrid face à la candidature marocaine.
Invité de l'émission télévisée El Chiringuito, le leader du Parti populaire (PP), favori des sondages avant les élections du 29 novembre, a posé sa condition sans détour : la finale doit se jouer « là où c'est juste, là où c'est opportun, là où c'est indiscutable : en Espagne », à Madrid ou à Barcelone, selon Ouest-France. Le Royaume, qui porte avec le Portugal et l'Espagne la candidature tripartite de 2030, avance pourtant un dossier plus que solide avec le Grand Stade Hassan II.
Une déclaration politique à quelques jours des urnes
Le timing n'a rien d'anodin. À l'approche des élections législatives espagnoles, Feijóo transforme un dossier sportif en argument de campagne, allant jusqu'à affirmer, selon Le Figaro, qu'« on n'humilie pas l'Espagne ». Le vocabulaire dit tout : c'est l'orgueil qui parle, pas le football.
Depuis plusieurs mois, le Maroc est en effet la cible de critiques récurrentes de l'autre côté du détroit, notamment autour du Grand Stade Hassan II, candidat plus que crédible pour accueillir le match le plus important de la compétition. Le projet royal, appelé à devenir l'un des plus grands et des plus modernes stades au monde, a visiblement réussi à titiller la sensibilité des voisins.
Que risque concrètement un pays qui se désiste ?
C'est la question que pose Le360 Sport dans un décryptage publié vendredi. L'organisation d'une Coupe du monde ne s'improvise pas : c'est un processus long, minutieusement encadré par la FIFA, qui engage les pays hôtes bien au-delà de la simple mise à disposition de leurs infrastructures.
Garanties gouvernementales, dossiers techniques, évaluations, accords contractuels avec les villes, les gestionnaires de stades, les opérateurs de transport et les autorités chargées de la sécurité : rien n'est laissé au hasard. Tout repose sur un cahier des charges précis et des engagements formels.
Les conséquences exactes d'un éventuel retrait restent toutefois difficiles à établir, les accords conclus avec la FIFA n'étant pas intégralement publics. Les règlements de l'instance permettent néanmoins d'entrevoir certains risques, même si les dispositions applicables aux équipes participantes ne peuvent être automatiquement transposées aux pays organisateurs.
Ils prévoient notamment, dans certaines situations de retrait d'une association participante, des sanctions pouvant aller jusqu'à la suspension de compétitions organisées par la FIFA. L'instance peut également réclamer le remboursement des dépenses engagées ainsi qu'une compensation pour les dommages subis.
Une chose est certaine : un pays qui renoncerait à l'organisation d'un Mondial après avoir pris des engagements contractuels ne pourrait pas simplement tourner la page sans répondre de ses manquements.
Le précédent colombien
L'histoire du football offre un cas d'école. La Colombie avait été désignée en 1974 pour organiser le Mondial 1986. En octobre 1982, le gouvernement de Belisario Betancur avait renoncé, pour des raisons économiques, le pays n'étant pas en mesure de satisfaire aux exigences de la FIFA. Le Mexique avait alors été désigné à l'issue d'une nouvelle procédure de sélection.
Un pays peut donc renoncer à l'organisation d'un Mondial, même après attribution. Mais le cas espagnol serait bien différent : ici, ni difficultés économiques ni incapacité technique. C'est avant tout une question d'orgueil, aggravée par l'incapacité de Madrid à trancher entre ses propres prétendants, Madrid et Barcelone.
Le Maroc avance, serein
Face à cette agitation, le Royaume avance ses arguments avec la constance qui caractérise son approche des grands projets structurants voulus par le roi Mohammed VI. Le Grand Stade Hassan II, fleuron de la stratégie nationale d'infrastructures, incarne une ambition qui dépasse le cadre sportif : positionner durablement le Maroc parmi les grandes nations organisatrices d'événements mondiaux, au carrefour de l'Afrique, de l'Europe et du monde arabe.
La candidature marocaine à la finale s'appuie sur des réalisations concrètes, quand d'autres s'en tiennent à des déclarations. C'est cette réalité sur le terrain, plus que toute polémique, qui pèsera dans la décision finale de la FIFA.
Ce qu'il faut retenir
La FIFA a-t-elle déjà tranché sur la finale du Mondial 2030 ?
Non. L'instance n'a pas désigné le stade qui accueillera la finale, et c'est précisément ce vide qui alimente la bataille diplomatique entre Rabat, Madrid et Lisbonne.
L'Espagne peut-elle se retirer unilatéralement de l'organisation ?
Juridiquement, un retrait est possible, comme l'a montré la Colombie en 1982, mais il exposerait Madrid à des sanctions financières et sportives de la FIFA, selon les contrats conclus entre les parties.
Quels atouts avance le Maroc pour la finale ?
Le Grand Stade Hassan II, dont la capacité et l'équipement le placeront parmi les enceintes les plus modernes au monde, constitue l'argument central du dossier marocain.
