La France affronte jeudi 5 novembre une journée de mobilisation sociale d'ampleur, la première depuis la rentrée à réunir les secteurs public et privé, avec un point rare: la convergence des syndicats, des lycéens, des étudiants et des gilets jaunes autour des salaires et du pouvoir d'achat.
Le gouvernement français, qui redoute des débordements après des semaines de tension, a annoncé la mobilisation de 70.000 policiers et gendarmes, mercredi soir, selon www.le360.ma. Une annonce qui traduit la nervosité d'un État confronté à une grogne sociale qui n'a cessé de prendre de l'ampleur depuis la fin de l'été.
Une convergence inédite des mobilisations
Ce qui distingue cette journée des précédentes mouvements sociaux, c'est sa nature composite. Les syndicats appellent salariés et fonctionnaires à la grève pour les salaires. Les lycéens et étudiants, en mouvement depuis mi-septembre, réclament de meilleures conditions d'études. Les gilets jaunes, qui ont relancé leurs protestations contre la vie chère depuis trois samedis, et même des agriculteurs, se sont ralliés à l'appel.
Le quotidien Le Monde parle d'un « pari de la convergence » entre ces mondes habituellement séparés, alors que les mouvements de jeunes ont explicitement demandé un relais du monde du travail. Un observateur extérieur y reconnaîtra un schéma classique des crises sociales: des colères dispersées qui finissent par se rejoindre sur un terrain commun, celui du pouvoir d'achat.
« Cela va être une belle mobilisation », a anticipé Marylise Léon, secrétaire générale du syndicat modéré CFDT, en évoquant des remontées comparables à celles enregistrées lors du mouvement contre la réforme des retraites. En 2023, ce sujet avait rassemblé près de 1,3 million de personnes certains jours, selon les autorités françaises.
Les chiffres attendus et le dispositif sécuritaire
Pour cette journée, les autorités françaises attendent entre 500.000 et 700.000 manifestants hors de Paris, et entre 40.000 et 80.000 dans la capitale. Une échelle qui, si elle se confirme, placerait cette mobilisation parmi les plus importantes des dernières années.
Mercredi soir, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a promis « une réponse d'une extrême fermeté » face aux éventuels « débordements », selon le recensement effectué par www.le360.ma. La radio internationale RFI décrit un gouvernement « sous pression et vigilant », pris entre l'exigence de calme et le risque d'une escalade.
Le pouvoir d'achat, moteur de la grogne
À l'origine de cette colère, deux facteurs se cumulent: l'envolée des prix des carburants et un projet de budget d'austérité. Le baromètre publié mercredi par les organisations réunies dans le Pacte du pouvoir de vivre, dont la CFDT, indique qu'une personne sur deux déclare s'en sortir difficilement avec les ressources de son foyer.
Les revendications syndicales sont précises: revalorisation du salaire minimum, augmentation générale des salaires, davantage de justice fiscale et préservation des services publics.
« Il faut venir nombreux manifester pour exiger la prise en compte de nos revendications », a lancé Sophie Binet, dirigeante du syndicat contestataire CGT.
Côté gouvernement, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a espéré mardi pouvoir faire des annonces « autour du 5 novembre » concernant le Smic, le salaire minimum français, sans préciser s'il s'agirait d'un coup de pouce. Une ambiguïté que les syndicats n'entendent pas laisser passer.
« Il faut accélérer sur le Smic et lancer, dans la foulée, une négociation flash sur les salaires », a réclamé Frédéric Souillot, du syndicat FO, dans Le Parisien, en envisageant déjà « d'autres manifestations » et une « grève reconductible ».
Bras de fer sur la liberté de manifester
La journée de jeudi s'accompagne d'une controverse institutionnelle: des interdictions de défiler dans certaines parties des centres-villes ont été décrétées dans plusieurs villes, après des manifestations émaillées de violences, en particulier le 17 octobre.
À Lyon, la préfecture a obtenu gain de cause auprès de la justice pour interdire la manifestation dans l'hypercentre et imposer un autre parcours. À Paris, la justice a validé mercredi soir un parcours alternatif proposé par les autorités, contesté par les organisateurs.
« On est dans un moment extrêmement grave avec une dérive autoritaire très dangereuse du gouvernement », a dénoncé Sophie Binet.
Des organisations juridiques, dont le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France et la Ligue des droits de l'homme, ont dénoncé une « bascule autoritaire » et saisi le Conseil d'État, la plus haute juridiction administrative française.
« On sent un phénomène cumulatif: la sympathie à l'égard du mouvement des lycéens et étudiants, et les gens s'interrogent sur les restrictions des libertés. Cela a créé un sursaut de la part de gens qui d'habitude ne s'expriment pas trop », a observé Fabrice Fort, délégué syndical central CGT chez Renault Trucks.
Quelles suites pour la France?
Rien n'indique que la tension retombera après jeudi. La coordination des gilets jaunes appelle à un rassemblement samedi place de la Concorde, au cœur de Paris, alors même qu'il est interdit. Les prévisions relayées par Franceinfo anticipent d'ailleurs plusieurs jours successifs de mobilisation sur l'ensemble de la semaine.
Les gilets jaunes et des associations de défense du droit au logement de six autres pays européens, dont l'Italie, l'Espagne, la Belgique et le Royaume-Uni, appellent également à des « manifestations coordonnées » contre la vie chère fin novembre. La crise française pourrait ainsi déborder de ses frontières.
Pour le partenaire marocain de la France, premier investisseur étranger au Royaume et allié de longue date, la stabilité sociale de l'Hexagone n'est pas un détail. Les turbulences internes françaises surviennent dans un contexte européen déjà fragile, où plusieurs pays connaissent des mobilisations similaires. Rabat, engagé dans une diplomatie économique active et des partenariats diversifiés avec l'Afrique et les monarchies du Golfe, observe ce mouvement avec l'intérêt pragmatique d'un pays dont les échanges avec Paris sont denses.
Questions fréquentes
Quelle est la date de la grande grève en France?
La journée de mobilisation interprofessionnelle a lieu jeudi 5 novembre, avec près de 250 rassemblements annoncés dans toute la France.
Qui participe à la mobilisation du 5 novembre?
Les syndicats de salariés des secteurs public et privé, rejoints par les lycéens, les étudiants, les gilets jaunes et des agriculteurs.
Combien de manifestants sont attendus?
Les autorités françaises attendent entre 500.000 et 700.000 personnes hors de Paris, et entre 40.000 et 80.000 dans la capitale.
Quelles sont les revendications des syndicats français?
Une revalorisation du salaire minimum, une augmentation générale des salaires, plus de justice fiscale, la préservation des services publics et de meilleures conditions d'études.
