Le gouvernement marocain n'entend ni plafonner les prix des carburants ni rétablir leur subvention via la Caisse de compensation. C'est la position sans ambiguïté formulée par Fouzi Lekjaa, ministre de l'Économie et des Finances et de la Performance publique, ce mardi 3 novembre, devant la Commission des finances et du développement économique de la Chambre des représentants, à l'occasion de l'examen détaillé du projet de loi de finances (PLF) 2027.
Face aux interpellations des députés sur la hausse des prix à la pompe, le ministre a plaidé pour une approche fondée sur les données économiques et le renforcement de la concurrence, plutôt que sur des mesures de plafonnement. Il a appelé à « dire la vérité aux citoyens », en refusant ce qu'il a qualifié de « démagogie destinée à flatter les sentiments », selon www.le360.ma.
Une charge budgétaire de 50 à 70 milliards de dirhams écartée
Le raisonnement du ministre repose d'abord sur l'arithmétique budgétaire. Le retour à un dispositif généralisé de subvention des produits pétroliers représenterait une charge annuelle comprise entre 50 et 70 milliards de dirhams pour les finances publiques. Une enveloppe que Fouzi Lekjaa juge mieux mobilisée au profit des hôpitaux et des services publics.
Il a également rappelé un constat partagé par les économistes : l'ancien système de compensation bénéficiait davantage aux ménages disposant d'un pouvoir d'achat élevé, en raison de leur niveau de consommation, qu'aux foyers les plus modestes. Cette critique rejoint la logique du PLF 2027, qui privilégie les aides sociales ciblées aux subventions généralisées, comme l'a relevé H24info, le ministre ayant réaffirmé que les subventions généralisées des carburants ne profitent pas suffisamment aux populations les plus vulnérables.
Sur la fiscalité, le ministre a relativisé l'effet d'une éventuelle baisse des prélèvements sur le prix final. La suppression de la taxe intérieure de consommation (TIC) sur les carburants ne se traduirait, a-t-il expliqué, que par une diminution d'environ 1,20 dirham par litre. Toute proposition de réduction fiscale doit donc, selon lui, être évaluée à l'aune de son incidence réelle sur le prix payé par le consommateur.
Marges des distributeurs : des chiffres remis en perspective
L'autre volet sensible du débat parlementaire porte sur les marges des sociétés de distribution. Sur ce point, Fouzi Lekjaa a présenté des données destinées à éclairer l'évolution de la rentabilité du secteur. Le chiffre d'affaires des entreprises concernées est passé de 99,52 milliards de dirhams en 2017 à 131,365 milliards en 2025. Dans le même temps, leurs bénéfices sont passés de 8,505 milliards à 7,69 milliards de dirhams.
Le taux de marge bénéficiaire ressort ainsi à environ 5,85% en 2025, contre 8,6% en 2017. Le ministre a appelé les parlementaires à ne pas confondre chiffre d'affaires et bénéfices, ni à considérer que toutes les entreprises du secteur dégagent les mêmes niveaux de rentabilité.
Il a également souligné les risques inhérents à l'activité d'importation et de distribution, notamment les fluctuations des cours internationaux et les délais d'approvisionnement. Certaines sociétés programment leurs achats et leurs stocks jusqu'à trois mois à l'avance, s'exposant à des gains comme à des pertes selon l'évolution des cours sur les marchés internationaux, notamment celui de Rotterdam.
Des propositions parlementaires variées
Ces explications interviennent alors que plusieurs députés ont plaidé pour un encadrement plus strict du secteur. Le député Abdellah Bouanou, du groupe du Parti de la justice et du développement (PJD), a proposé un mécanisme fiscal flexible, permettant de réduire les prélèvements lorsque les cours internationaux augmentent et de les relever lorsqu'ils baissent.
Idriss El Azami, président du même groupe parlementaire, a défendu le principe d'une contribution fiscale accrue des entreprises opérant en situation de monopole ou d'oligopole, tout en mettant en garde contre le risque de répercussion de la charge fiscale supplémentaire sur les consommateurs. Il a évoqué la possibilité d'un plafonnement des marges et d'un suivi plus rigoureux des coûts d'approvisionnement.
D'autres élus ont appelé à une intervention directe de l'État. Omar Benjelloun, du groupe de l'Alliance de la gauche, a plaidé pour un plafonnement des prix à la consommation, une taxation de la fortune des actionnaires des sociétés pétrolières et une reprise en main par l'État des capacités de stockage. Samir Chaouki a, de son côté, insisté sur les répercussions de la hausse des carburants sur les professionnels du transport et le pouvoir d'achat.
Il convient de rappeler que le PLF 2027 prévoit par ailleurs une hausse du taux d'imposition applicable aux grandes compagnies pétrolières, qui passera de 35% à 40%, dans une logique d'alignement avec les secteurs concentrés tels que les banques, les assurances et les télécommunications, comme l'a rapporté H24info.
Stockage et concurrence : les leviers de réforme retenus par le gouvernement
En réponse à ces propositions, Fouzi Lekjaa a mis l'accent sur les réformes structurelles jugées nécessaires au bon fonctionnement du marché. Il a identifié trois priorités : l'achèvement des conditions d'une concurrence effective, le renforcement des capacités nationales de stockage et une réflexion sur la séparation des activités d'importation et de distribution.
Sur ce dernier point, le ministre estime que le lien actuel entre les deux activités mérite d'être repensé afin de prévenir les éventuels dysfonctionnements et de garantir davantage de transparence. Le développement du stockage constitue également, à ses yeux, une condition indispensable à l'ouverture du marché à de nouveaux opérateurs, qui ne peuvent concurrencer les acteurs établis sans disposer de capacités suffisantes pour entreposer les produits importés.
Le dossier de la Samir abordé avec prudence
Évoquant le dossier sensible de la Samir, l'ancienne raffinerie de Mohammedia, le ministre a appelé à éviter les raccourcis dans le débat sur une éventuelle remise en service. Selon lui, le raffinage pétrolier ne constitue plus systématiquement un choix stratégique, y compris pour de grands pays producteurs. Le redémarrage du site ne garantirait pas, à lui seul, une baisse des prix sur le marché national, notamment dans un contexte où le baril dépasserait les 100 dollars.
Le ministre s'est toutefois dit ouvert à toute initiative de partenariat public-privé ou à tout investissement, national ou étranger, susceptible de permettre la valorisation du site. Il a surtout insisté sur l'intérêt des infrastructures de stockage de la Samir pour le renforcement des réserves stratégiques du Royaume, un axe qui s'inscrit dans la priorité gouvernementale de sécurisation de l'approvisionnement national. Un débat que le ministre juge utile de relancer, tout en soulignant qu'une remise en service ne peut se réduire à une simple décision administrative, compte tenu des investissements et des contraintes techniques et économiques liés au raffinage, rappelle Al3omk.
Ce que retenir de la position du gouvernement
Les prix des carburants vont-ils être plafonnés au Maroc ?
Non. Le gouvernement a exclu, ce 3 novembre, tout plafonnement des prix ainsi que tout retour des carburants dans la Caisse de compensation, privilégiant la concurrence et les réformes structurelles du marché.
Combien coûterait un retour aux subventions des carburants ?
Entre 50 et 70 milliards de dirhams par an selon le ministre Fouzi Lekjaa, qui préfère affecter ces ressources aux hôpitaux et aux services publics.
La raffinerie Samir sera-t-elle relancée ?
Aucune décision n'est annoncée. Le ministre reste ouvert à un partenariat public-privé ou à un investissement national ou étranger, tout en soulignant que le redémarrage ne garantirait pas à lui seul une baisse des prix à la pompe.
