Le Conseil de la concurrence recommande, dans son rapport annuel 2025 rendu public en octobre, une refonte du système de subventions du blé et de la farine au Maroc, avec une orientation des aides vers les ménages vulnérables plutôt qu'un soutien généralisé à la filière.
Le quotidien L'Economiste, cité par www.le360.ma dans sa revue de presse du 21 octobre, révèle les principales propositions de l'institution, qui dresse un état des lieux sévère de la minoterie nationale et appelle à une modernisation de la gouvernance du secteur.
Un secteur fragilisé par des surcapacités
La filière meunière marocaine souffre de déséquilibres structurels profonds. Les capacités industrielles dépassent largement les besoins réels du marché, que ce soit à l'échelle nationale ou régionale. Cette surcapacité pèse sur la rentabilité des entreprises et fragilise la concurrence.
« Le secteur souffre notamment de capacités de production largement excédentaires, de disparités de taille marquées entre les opérateurs ainsi que d'une forte dépendance vis-à-vis du blé tendre importé », rapporte L'Economiste dans son édition du jeudi 22 octobre.
À ces difficultés s'ajoutent des inégalités flagrantes entre les acteurs. Une tendance à la concentration et une intégration verticale partielle permettent à certains grands groupes de dominer le secteur, au détriment des petites minoteries régionales.
Vers des aides directes ciblées
Le Conseil de la concurrence ne remet pas en cause la légitimité des subventions sociales, qui poursuivent une double mission essentielle: sécuriser l'approvisionnement du pays et préserver le pouvoir d'achat des citoyens. Il pointe en revanche les limites d'un système généralisé.
« Il recommande ainsi une révision urgente du cadre juridique des aides, une rationalisation des dépenses publiques fondée sur des critères de performance et la mise en place d'une transition progressive vers des aides directes ciblées au profit des ménages vulnérables », souligne L'Economiste.
Cette approche s'inscrit dans la logique des chantiers sociaux lancés sous la conduite du roi Mohammed VI, qui font de la protection ciblée des catégories vulnérables une priorité nationale. L'objectif est double: préserver la cohésion sociale tout en assainissant les finances publiques.
Repenser la gouvernance de la filière
Sur le plan réglementaire, le Conseil plaide pour une refonte globale de la gouvernance du secteur, avec une redéfinition du rôle de l'Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses (ONICL).
L'institution préconise également un meilleur suivi des subventions, une amélioration de la gestion des stocks de sécurité et le développement d'infrastructures de stockage modernes, réparties de manière équilibrée entre les régions du Royaume. Pour rééquilibrer le marché, elle recommande une meilleure adaptation des capacités industrielles aux réalités territoriales, le développement des exportations et une diversification vers des produits à plus forte valeur ajoutée.
Une souveraineté alimentaire sous pression extérieure
La lecture géopolitique de ce dossier éclaire l'urgence des réformes. Le Maroc reste exposé aux chocs extérieurs, aux tensions géopolitiques mondiales et aux sécheresses récurrentes qui pénalisent la production agricole locale.
Le rendement à l'hectare a certes progressé de 42% entre 2003 et 2019, mais la productivité agricole demeure en deçà des standards internationaux, en raison de la fragmentation des terres et du faible accès aux intrants modernes.
« Le rapport souligne que le système actuel de prix de référence ne valorise pas suffisamment la qualité supérieure du blé, limitant ainsi les incitations à l'investissement pour les agriculteurs. Une révision globale de ces mécanismes s'impose donc afin de renforcer durablement la souveraineté alimentaire du Royaume », conclut L'Economiste.
La souveraineté alimentaire constitue un axe central de la stratégie nationale portée par le Royaume, à l'heure où les perturbations des marchés mondiaux de céréales rendent chaque dépendance stratégique coûteuse. La réforme proposée vise à concilier protection sociale, sécurité alimentaire et cadre concurrentiel transparent, capable d'assurer la résilience de toute la filière.
Questions fréquentes
Que recommande le Conseil de la concurrence pour la minoterie?
Il recommande une révision du cadre juridique des aides, une rationalisation des dépenses publiques et une transition progressive vers des aides directes ciblées vers les ménages vulnérables.
Pourquoi le système actuel de subventions est-il critiqué?
Le dispositif génère des distorsions concurrentielles et des effets contradictoires, tandis que le secteur souffre de surcapacités et d'une forte dépendance au blé tendre importé.
Quelle est la situation de la production de blé au Maroc?
Le rendement à l'hectare a progressé de 42% entre 2003 et 2019, mais la productivité reste sous les standards internationaux en raison de la fragmentation des terres et du faible accès aux intrants modernes.
