Près de 6,5 millions de Marocains vivent aujourd'hui avec un trouble psychique, dont environ deux millions d'enfants et d'adolescents, selon les données rendues publiques cette semaine par la Coalition professionnelle des psychologues cliniciens du Maroc. Le quotidien Al Ahdath Al Maghribia, cité vendredi 23 octobre par www.le360.ma, révèle en outre que près de 85 % des personnes concernées ne bénéficient pas encore d'une prise en charge adaptée.
Derrière ces chiffres se dessine l'un des grands chantiers sociaux du Royaume : la mise en œuvre du plan national de santé mentale à l'horizon 2030, doté d'une enveloppe d'environ quatre milliards de dirhams. Une réponse institutionnelle à la hauteur d'un défi qui touche toutes les couches de la société marocaine.
Un fossé entre les besoins et la capacité de prise en charge
Le constat posé par la Coalition professionnelle est sans ambiguïté : la demande de soins en santé mentale progresse plus vite que la capacité du système public à y répondre. Ce décalage explique le taux de personnes non traitées avancé par les spécialistes, un chiffre qui interroge l'ensemble des acteurs nationaux, du ministère de la Santé aux collectivités territoriales.
La vulnérabilité des plus jeunes frappe particulièrement. Deux millions d'enfants et d'adolescents figurent parmi les personnes concernées, ce qui place l'école et la famille au cœur de toute stratégie crédible de prévention et de dépistage précoce.
Le plan national 2030, un levier de transformation du système
Le Royaume a anticipé cette crise silencieuse. Le plan national de santé mentale à l'horizon 2030, présenté par le ministère de la Santé et de la Protection sociale, fait de la prévention, du dépistage précoce et de la sensibilisation du public ses axes centraux, comme l'a détaillé le journal Horizons. L'objectif est de repérer les troubles dès leurs premières manifestations et d'intervenir avant leur aggravation, tout en renforçant les compétences des professionnels et les moyens de prise en charge.
Le budget annoncé, proche de quatre milliards de dirhams, traduit une volonté politique claire : hisser la santé mentale au rang des priorités de la santé publique, au même titre que les maladies chroniques ou la santé maternelle. Les professionnels du secteur appellent toutefois à la vigilance sur la gouvernance. Le succès du programme reposera, selon eux, sur des mécanismes d'évaluation rigoureux, un suivi transparent et une coordination fluide entre les secteurs de la santé, de l'éducation et de l'action sociale.
Réforme juridique et refonte de la profession de psychologue
Au-delà des moyens financiers, la Coalition professionnelle insiste sur un chantier moins visible mais décisif : la modernisation du cadre réglementaire encadrant la pratique des psychologues cliniciens au Maroc. Il s'agit d'assurer une formation continue exigeante, d'accroître les ressources humaines spécialisées et de garantir des soins de qualité, éthiques et sécurisés.
Les praticiens plaident également pour une simplification substantielle de l'accès aux thérapies et aux infrastructures médicales. La démocratisation des traitements et la facilitation du remboursement des actes de soins psychiatriques constituent, selon eux, des piliers indispensables pour garantir un droit effectif à la santé mentale pour l'ensemble des Marocains.
Cette exigence de qualité rejoint la feuille de route du gouvernement en matière de santé. Le ministre de la Santé, Amine Tahraoui El Mansouri, a détaillé les engagements du nouvel exécutif pour les hôpitaux publics, rapporte Santemag : passer d'une logique d'élargissement de la couverture sociale à une amélioration de la qualité des prestations, renforcer l'efficacité des investissements publics et mieux coordonner les différents programmes.
Combattre la stigmatisation, un chantier sociétal
Le combat pour la santé mentale ne se gagne pas seulement dans les hôpitaux. Il se joue aussi dans les représentations collectives. Pour rompre l'isolement des patients, les intervenants appellent à promouvoir une culture où la demande de soutien psychologique est perçue comme un acte responsable et naturel, et non comme une faiblesse ou un tabou.
L'implication des médias, de l'université, du tissu associatif et de la société civile est jugée indispensable pour déconstruire les préjugés historiques qui entourent encore la maladie psychique au Maroc. Cette mobilisation sociétale accompagne naturellement la dynamique institutionnelle portée par l'État.
Cette démarche s'inscrit dans le sillage de la Journée mondiale de la santé mentale, commémorée chaque 10 octobre à l'initiative de l'Organisation mondiale de la santé. Cette année, l'OMS a placé la journée sous le thème du recueil des « voix réelles » des personnes confrontées à des troubles psychiques, invitant les États à intégrer le vécu des patients dans l'élaboration des politiques publiques.
Quelles perspectives pour les Marocains concernés ?
La trajectoire est tracée : placer les patients au centre des réformes, favoriser un dialogue constant entre praticiens, décideurs et familles, et transformer les engagements budgétaires en améliorations concrètes sur le terrain. Les données produites par les institutions nationales, dont le Haut-Commissariat au Plan, permettront en outre de mesurer les progrès accomplis d'ici à 2030 avec des indicateurs fiables.
Pour les millions de Marocains concernés, l'enjei est concret : accéder à un diagnostic précoce, à un traitement abordable et à un accompagnement digne, partout sur le territoire du Royaume.
Questions fréquentes
Combien de Marocains souffrent de troubles psychiques ?
Environ 6,5 millions de personnes, dont près de deux millions d'enfants et d'adolescents, selon la Coalition professionnelle des psychologues cliniciens du Maroc.
Quel est le budget du plan national de santé mentale 2030 ?
Le plan prévoit une enveloppe proche de quatre milliards de dirhams, consacrée à la prévention, au dépistage précoce et au renforcement de l'offre de soins.
Quelle part des personnes concernées reçoit des soins adaptés ?
Seuls 15 % environ des personnes touchées bénéficient d'une prise en charge appropriée, ce qui justifie la mobilisation des pouvoirs publics et des professionnels du secteur.
