Le projet de loi de finances 2027, présenté fin octobre 2026, remet deux mesures fiscales au cœur des préoccupations de la distribution automobile marocaine : une hausse du droit de timbre sur les véhicules haut de gamme et une avance de 5% sur la valeur en douane des biens importés destinés à la revente.
L'Association des importateurs de véhicules au Maroc (AIVAM), par la voix de son vice-président Adil Bennani, appelle à un dialogue constructif avec l'administration afin de préserver l'investissement et la trésorerie des entreprises du secteur, rapporte www.le360.ma.
Une taxe de luxe qui franchit un nouveau palier
Instaurée en 2014 pour cibler les véhicules de plus de 400.000 dirhams hors TVA, avec des taux allant de 5% à 20%, la taxation dite de luxe s'apprête à être relevée. Le gouvernement justifie cette révision par une adaptation de la fiscalité à l'évolution de la valeur des automobiles sur le marché.
Le nouveau barème proposé par le PLF 2027 fixe quatre paliers : 6% pour les véhicules de 400.000 à 600.000 dirhams, 12% de 600.001 à 800.000 dirhams, 18% de 800.001 à 1.000.000 dirhams et 24% au-delà du million, détaille Medi1 News. Concrètement, chaque tranche subit un surcoût direct de un à quatre points supplémentaires.
La profession, tout en comprenant les impératifs budgétaires de l'État, rappelle qu'une telle révision doit être appréciée à la lumière des profondes mutations structurelles que traverse le marché automobile national.
Qui paiera la facture ?
Sur le terrain commercial, l'alourdissement du droit d'immatriculation sera supporté en tout ou partie par l'acquéreur final, selon les stratégies tarifaires de chaque concessionnaire. Pour les modèles sous la barre des 800.000 dirhams hors TVA, le surcoût reste assimilable grâce à un effort partagé entre le client et le distributeur.
L'arbitrage s'avère nettement plus délicat pour les véhicules de très haut de gamme, au-delà d'un million de dirhams. L'annonce du nouveau barème risque aussi de perturber les comportements de fin d'année : les acheteurs pourraient hâter leur prise de possession avant l'entrée en vigueur de la mesure plutôt que de différer l'immatriculation en janvier.
À plus long terme, cette pression fiscale accrue pourrait entraîner un report des achats, une révision à la baisse des budgets ou un glissement vers des gammes inférieures.
L'avance de 5% à l'importation : une question de trésorerie
La seconde disposition obéit à une mécanique différente. L'avance de 5% prélevée sur la valeur en douane des marchandises importées est un acompte imputable sur l'impôt dû et potentiellement restituable, indique également LeSiteinfo. Contrairement au droit d'immatriculation, elle ne se traduit donc pas mécaniquement par une hausse des prix en concession.
Elle n'en préoccupe pas moins l'écosystème automobile, un métier intrinsèquement capitalistique. Le financement des stocks, l'acheminement international, le dédouanement et la logistique immobilisent déjà d'importantes liquidités avant toute transaction finale. Appliquer un tel pourcentage au moment de l'importation représente un effort financier massif pour les entreprises, transformant la mesure en une contrainte aiguë de trésorerie.
Nouveaux entrants et acteurs historiques : le débat sur l'équité
Le texte prévoit le maintien de ce dispositif pendant 60 mois pour tout nouvel entrant, la levée ultérieure étant conditionnée à une régularité fiscale sans faille. Cet encadrement soulève des interrogations sur les barrières financières imposées aux nouveaux opérateurs.
La représentation sectorielle n'y voit toutefois pas un frein insurmontable, l'avance restant déductible des bénéfices futurs. Le point d'achoppement réside davantage dans l'équité de traitement et dans les modalités d'application réservées aux acteurs historiques, déjà parfaitement identifiés et en règle auprès de l'administration fiscale.
Ce débat s'inscrit dans un contexte plus large de réforme fiscale, où l'État cherche à sécuriser son recouvrement, un enjeu que LesEco identifie comme l'un des dossiers sensibles du PLF 2027 pour les distributeurs automobiles.
Un dialogue à construire avant l'entrée en vigueur
Tout l'enjeu des discussions à venir consistera à affiner les mécanismes d'application afin qu'un outil de sécurisation du recouvrement fiscal n'assèche pas inutilement les fonds de roulement d'entreprises transparentes. La profession souhaite garantir que ces orientations budgétaires ne compromettent ni le dynamisme des investissements, ni le libre jeu de la concurrence, ni le pouvoir d'achat des consommateurs.
Pour un secteur qui pèse lourd dans l'économie nationale, entre emploi, investissement et maillage territorial, l'équation est simple à énoncer : l'État a besoin de ressources, les entreprises ont besoin de liquidités, et le client final a besoin de visibilité sur ses prix. Les prochains arbitrages budgétaires diront si les trois se rencontrent.
Questions fréquentes
Quels sont les nouveaux taux de la taxe de luxe proposés par le PLF 2027 ?
Le barème proposé est de 6% pour les véhicules de 400.000 à 600.000 dirhams hors TVA, 12% de 600.001 à 800.000 dirhams, 18% de 800.001 à 1.000.000 dirhams et 24% au-delà d'un million de dirhams.
En quoi consiste l'avance de 5% à l'importation ?
Il s'agit d'un acompte prélevé sur la valeur en douane des marchandises importées destinées à la revente en l'état. Imputable sur l'impôt dû et potentiellement restituable, il pèse surtout sur la trésorerie des importateurs.
La hausse de la taxe de luxe va-t-elle renchérir les voitures en concession ?
Oui, en partie. L'alourdissement du droit d'immatriculation sera répercuté en tout ou partie sur l'acquéreur final, selon les stratégies tarifaires de chaque concessionnaire.
