Le gouvernement marocain entend franchir un cap dans la restauration du pouvoir d'achat des ménages avec le projet de loi de finances 2027, présenté fin octobre 2026. Selon la note de présentation du texte, rapportée par le quotidien Al Akhbar et reprise par www.le360.ma, l'année 2027 marquera un tournant qualitatif : le passage d'une logique de gestion des pressions à une approche proactive et organisée des prix.
C'est la première loi de finances de l'équipe gouvernementale issue de la confiance royale, et elle place le citoyen au cœur de son architecture. Comme l'a souligné Barlamane, le texte, déposé au Parlement dans les délais fixés, s'articule autour de cinq priorités, la première étant consacrée au pouvoir d'achat et à la construction d'un État social soutenable.
Une réforme structurelle des marchés et des prix
L'idée directrice est simple : après avoir contenu les pressions sur les prix des produits essentiels en 2026, l'État ne veut plus seulement réagir aux crises, il veut les anticiper. Concrètement, le gouvernement entend ramener les prix des denrées alimentaires à des niveaux raisonnables en agissant sur toute la chaîne, de la production au consommateur.
Trois leviers structurels sont identifiés. D'abord, la régulation des prix des denrées alimentaires avec des plans saisonniers d'approvisionnement en produits stratégiques. Ces plans permettront d'adapter les besoins du marché interne à la production prévue, aux stocks disponibles et aux exportations sous contrat. Ils serviront aussi à repérer les situations de pénurie, anticiper la mobilisation des stocks et autoriser, si nécessaire, l'importation temporaire.
Ensuite, la réforme des circuits de distribution et des marchés de gros, avec la réduction des coûts de l'intermédiation commerciale. Enfin, la modernisation des filières agricoles et alimentaires, condition d'une meilleure maîtrise des coûts de production, de stockage et de transport.
Six sociétés régionales de distribution dans les grands bassins agricoles
Le projet le plus emblématique de cette réorganisation est la création de six sociétés régionales de distribution dans les grands bassins agricoles du Royaume : le Souss, le Tadla, le Gharb, le Loukkos, les Doukkala, Abda et l'Oriental. Ces structures seront créées sur la base d'un cahier des charges unifié prévoyant une retenue annuelle, avec une garantie de totale transparence sur les prix et les taxes.
Point important pour rassurer les acteurs économiques : ces sociétés ne seront pas un intermédiaire public monopolisant les achats et les reventes. Elles fourniront aux agriculteurs et aux coopératives des services de collecte, de tri, de calibrage-conditionnement et de chaîne du froid. L'objectif est de professionaliser la logistique agricole là où elle manque le plus, tout en laissant jouer la concurrence.
Un nouveau cadre législatif fixera également les conditions de création et de gestion des marchés de gros, qu'ils relèvent du secteur public ou privé, ainsi que les responsabilités de l'État et des collectivités locales. La réforme comprend la révision du système des intermédiaires et la séparation des taxes locales de l'obligation de transit effectif par les marchés de gros, une disposition qui devrait fluidifier les échanges et réduire les coûts.
Des mesures directes sur le revenu des familles
La réforme des marchés ne suffirait pas sans un soutien direct aux revenus. La note de présentation l'assume : l'accompagnement de la structure des prix passe par des mesures touchant directement le budget des ménages.
Trois mesures phares sont annoncées. La subvention des prix de l'électricité, qui allège la facture des familles modestes. L'augmentation du montant minimal de la pension de retraite et des pensions des veuves. Et l'engagement de la réforme de l'impôt sur le revenu, attendue de longue date. Présentées devant la Chambre des représentants par le ministre de l'Économie, de la Finance et de l'Efficacité publique, Fouzi Lekjaa, ces arbitrages traduisent, selon Belpresse, une véritable carte sociale déployée par le gouvernement.
Viandes, poissons et suivi numérique des prix
Pour la maîtrise des prix des viandes, le gouvernement procédera à la mise à niveau des marchés de proximité, des souks hebdomadaires et du commerce ambulant selon des règles sanitaires et organisationnelles simplifiées. Les circuits de commercialisation des viandes et des poissons seront modernisés, avec à la clé l'identification numérique du cheptel et la réhabilitation des marchés du bétail et des abattoirs.
Autre innovation : l'instauration d'un système national d'information sur les marchés des denrées alimentaires, comprenant un panier de produits prioritaires. Ce dispositif permettra le suivi des prix à chaque étape, de la production à la vente au détail, et intégrera des mécanismes d'alerte en cas de hausse inhabituelle des marges commerciales ou de perturbation de la disponibilité des produits. Traduit en langage clair : l'État saura désormais, presque en temps réel, qui surfacture et où la chaîne d'approvisionnement se bloque.
Cette approche s'inscrit dans le prolongement des chantiers sociaux engagés sous la conduite du Roi Mohammed VI. Comme le rappelle la note du ministère des Finances, le gouvernement poursuit parallèlement la généralisation de la couverture médicale et franchira une étape structurante le 1er février 2027 avec l'entrée en vigueur de la loi n° 54-23, qui unifie la gestion des régimes de sécurité sociale auprès de la CNSS.
Pourquoi cette réforme est décisive pour les ménages marocains
Au fond, ce projet de loi de finances change la philosophie de l'action publique sur les prix. Jusqu'ici, chaque flambée des prix appelait une réponse ponctuelle, subventions d'urgence ou importations rapides. Désormais, le Royaume se dote d'une architecture permanente : information en temps réel, plans saisonniers, infrastructures logistiques régionales et cadre législatif clarifié.
Le pari est ambitieux. Réformer les marchés de gros et l'intermédiation touche des intérêts établis, et la réussite des six sociétés régionales dépendra de leur capacité à servir les agriculteurs sans recréer des monopoles. Mais pour les ménages marocains, l'enjeu est concret : des denrées alimentaires à des prix raisonnables, des revenus soutenus et un approvisionnement régulier des marchés. Le calendrier de mise en œuvre de ces mesures s'étagera tout au long de l'année 2027.
Questions fréquentes
Que change la loi de finances 2027 pour le pouvoir d'achat ?
Elle passe d'une gestion des crises à une approche proactive : régulation des prix alimentaires, réforme des marchés de gros, subvention de l'électricité, hausse des pensions minimales et réforme de l'impôt sur le revenu.
Quelles sont les six régions concernées par les sociétés de distribution ?
Le Souss, le Tadla, le Gharb, le Loukkos, les Doukkala, Abda et l'Oriental, soit les principaux bassins agricoles du Royaume.
Ces sociétés régionales créeront-elles un monopole public ?
Non. Selon la note de présentation, elles ne constitueront pas un intermédiaire public d'achat et de revente, mais offriront des services de collecte, de conditionnement et de chaîne du froid aux agriculteurs et aux coopératives.
