Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son rival centriste Gadi Eisenkot sont donnés au coude-à-coude au lendemain des élections législatives du 28 octobre, alors qu'aucun des deux camps ne semble en mesure de réunir une majorité à la Knesset. La percée des listes arabes, qui pourraient doubler leur représentation parlementaire, fait de ces partis de possibles faiseurs de rois dans les tractations à venir.
Après dépouillement de la moitié des bulletins, les sondages de sortie des urnes créditent chaque bloc de 51 sièges, loin des 61 sièges nécessaires sur les 120 que compte le Parlement israélien, selon le360.ma. Les deux hommes se sont néanmoins déclarés prêts à former un gouvernement, annonçant des semaines de négociations intenses.
Une participation record depuis 1999
Les Israéliens ont massivement répondu à l'appel des urnes pour ce premier scrutin depuis les attaques du 7 octobre 2023. Avec un taux de participation de 77,7%, ils ont atteint le niveau le plus élevé depuis 1999, signe d'un pays polarisé mais profondément engagé dans son avenir politique.
Benjamin Netanyahu, 77 ans, s'est montré enjoué devant ses partisans vers 03H00 du matin, poussant même la chansonnette lors d'un discours inhabituellement court. Il n'a pas revendiqué de victoire, se contentant de souligner que son parti, le Likoud, restait la première formation politique avec 27 sièges estimés, contre 32 précédemment, devant le Yashar de M. Eisenkot.
« Nous devons mettre en place un gouvernement de droite forte », a-t-il déclaré, appelant « la majorité juive et sioniste à se ressaisir et s'unir ». Le Premier ministre a également brandi la menace iranienne, affirmant qu'Israël a « Trump pour éliminer définitivement la menace existentielle de l'Iran ».
La percée historique des partis arabes
Le fait marquant de la soirée reste la poussée spectaculaire des deux listes arabes israéliennes. Le Raam (Liste arabe unie, islamiste modéré) et la Liste unifiée (extrême gauche) pourraient obtenir 18 ou 19 députés, contre 10 dans le Parlement actuel, une progression remarquable qui redessine le paysage politique israélien.
Dans la communauté arabe, 80% des électeurs inscrits ont voté, un record selon i24NEWS. Cette mobilisation inédite traduit une volonté de participation citoyenne pleine et entière.
« Je veux du changement », a affirmé Asia Egbaria, étudiante en droit de 23 ans, en votant à Oum al-Fahm, ville majoritairement arabe du nord. « Je ne veux plus être traitée comme une citoyenne de deuxième ou de troisième classe. Je veux juste vivre en paix et sereinement. »
Eisenkot appelle au changement, l'opposition divisée
Gadi Eisenkot, ancien chef d'état-major dont le fils a été tué dans la guerre de Gaza, a vu dans les premières estimations un « désaveu complet » pour Benjamin Netanyahu. « Le peuple a choisi le changement », a-t-il assuré devant ses partisans, promettant de « tout faire pour former un gouvernement ».
Le chef de la gauche Yaïr Golan a appelé l'opposition à s'allier avec les partis arabes pour former un gouvernement et évincer le Premier ministre du pouvoir. Une perspective que M. Netanyahu rejette fermement : « Il est hors de question de former un gouvernement qui s'appuie sur des partis arabes », a-t-il martelé, ayant largement fait campagne contre eux, notamment via le slogan de « la droite ou la Palestine ».
Le dirigeant du Raam, Mansour Abbas, a assuré que le camp de Netanyahu a subi « une défaite majeure », se disant prêt à travailler avec M. Eisenkot, ce que ce dernier a toujours exclu publiquement.
Que se passera-t-il maintenant ?
La situation ressemble à une impasse politique, comme l'analyse Ilana Shpaizman, maîtresse de conférences en sciences politiques à l'université de Bar-Ilan. « Netanyahu n'a aucun moyen de former un gouvernement » et le bloc de M. Eisenkot devra « soit former un gouvernement avec les partis arabes, soit établir un gouvernement minoritaire », deux options jusque-là rejetées par l'opposition, selon elle.
La Commission électorale commencera à publier progressivement les résultats officiels dans la nuit de mardi à mercredi, un processus qui pourrait durer plusieurs jours. Les partis vont ensuite s'engager dans des semaines de tractations. En cas d'échec, un retour aux urnes serait envisageable, une option que M. Eisenkot rejette au vu de la forte mobilisation.
Le New York Times relève que ni l'un ni l'autre bloc ne pourra gouverner sans s'appuyer sur les partis arabes, et Le Monde parle du vertige d'une Knesset sans majorité, soulignant qu'il est rare qu'une élection désigne autant de perdants et si peu de vainqueurs.
Pour les observateurs de la région, ce scrutin intervient sur fond de critiques internationales croissantes contre la conduite de la guerre à Gaza et l'expansion des colonies en Cisjordanie occupée, menée sous le gouvernement le plus à droite de l'histoire d'Israël. L'incertitude institutionnelle qui s'annonce à Tel-Aviv pourrait ralentir les dossiers diplomatiques régionaux, au moment où plusieurs capitales, dont Rabat, suivent avec attention les équilibres du Proche-Orient.
FAQ
Qui est donné gagnant des élections législatives en Israël ?
Personne. Les blocs de Benjamin Netanyahu et de Gadi Eisenkot sont donnés à égalité avec environ 51 sièges chacun, loin des 61 sièges nécessaires pour former une majorité.
Quel a été le taux de participation ?
Il s'est élevé à 77,7%, un record depuis 1999. Dans la communauté arabe, 80% des électeurs inscrits ont voté selon i24NEWS.
Quel rôle joueront les partis arabes ?
Le Raam et la Liste unifiée pourraient doubler leurs sièges, passant de 10 à 18 ou 19 députés. Ils deviennent de possibles faiseurs de rois, même si Benjamin Netanyahu exclut toute alliance avec eux.
