L'avion du ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, s'est posé à Casablanca à l'aller comme au retour de son voyage aux États-Unis, quelques heures seulement avant et après le veto opposé par Moscou au projet de résolution américain sur le Sahara au Conseil de sécurité, le 30 octobre.
Cette double escale, révélée par les données de suivi aérien relayées par www.le360.ma, dit beaucoup sur la place singulière qu'occupe le Maroc dans la géographie diplomatique actuelle. Le pays visé par le veto a accueilli deux fois l'appareil du pays qui l'a prononcé, sans en faire un sujet de tension.
Un Iliouchine Il-96 deux fois sur le tarmac marocain
Selon les données publiques de Flightradar24, l'Iliouchine Il-96-300 immatriculé RA-96018, un appareil de l'escadrille gouvernementale russe, a quitté Moscou le 29 octobre au matin et s'est posé à Casablanca après huit heures et demie de vol. Il en est reparti le soir même pour Atlanta, après 9h13 de traversée de l'Atlantique. Le trajet retour a suivi le même itinéraire : départ d'Atlanta le 31 octobre, arrivée à Casablanca aux premières heures du 1er novembre, puis redécollage vers Moscou deux heures plus tard.
Atlasinfo a confirmé l'escale de retour dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, l'appareil de l'escadron spécial « Rossiya » provenant d'Atlanta ayant atterri au Maroc avant de repartir vers la capitale russe.
L'explication est d'abord géographique. Pour rejoindre les États-Unis, l'avion de Lavrov doit éviter l'espace aérien de 49 pays que Moscou qualifie d'« inamicaux », dont la quasi-totalité de l'Europe. Comme le relate Maghreb Online, le voyage aller a duré plus de vingt heures et nécessité un ravitaillement, l'appareil passant par la mer Noire, la Turquie et la Méditerranée avant de s'engager sur l'Atlantique. Le Maroc ne figure pas sur cette liste. Casablanca s'impose donc comme une escale commode avant l'océan.
Un calendrier qui ne doit rien au hasard
Le contexte politique rend pourtant cette escale remarquable. Sergueï Lavrov se rendait à Atlanta pour la réunion des ministres des Affaires étrangères du G20, les 30 et 31 octobre, présidée par le secrétaire d'État américain Marco Rubio. Le 30 octobre, à New York, le représentant russe opposait son veto au projet américain qui aurait prolongé la MINURSO d'un an et fait du plan d'autonomie marocain la seule base des négociations.
Le chef de la diplomatie russe était donc l'hôte de Washington le jour même où Moscou faisait tomber un texte qui consacrait la marocanité de la solution au dossier du Sahara. Et son avion faisait le plein au Maroc, à l'aller comme au retour.
Ce n'est pas une première. En février 2024 déjà, au retour d'une réunion du G20 à Rio de Janeiro, l'avion de Lavrov s'était posé trois heures sur le tarmac de Casablanca. L'escale marocaine est devenue une habitude des déplacements russes vers les Amériques. Morocco World News souligne que cette nouvelle escale attire l'attention sur les liens entre Moscou et Rabat, quelques jours seulement après le veto au Conseil de sécurité.
Alger a obtenu le veto, Casablanca a eu l'escale
Le choix de l'escale n'allait pourtant pas de soi. L'avion russe aurait pu se ravitailler en Algérie, à Alger ou à Oran, à quelques centaines de kilomètres du détroit de Gibraltar. L'Algérie ne figure pas parmi les pays « inamicaux » de Moscou : elle compte parmi ses principaux partenaires dans la région. C'est aussi elle qui a manœuvré par tous les moyens pour obtenir le veto russe. La veille du vote, son Premier ministre, Sifi Ghrieb, était encore au Kremlin.
Lavrov a pourtant choisi le Maroc, à l'aller comme au retour, comme en février 2024. Le pays qui a réclamé le veto n'a pas eu l'escale ; le pays visé par le veto l'a eue deux fois.
Rabat, de son côté, n'a pas fait de son aéroport une arme diplomatique. Un appareil officiel russe peut y atterrir et en repartir quelques heures après un vote hostile à New York. Cette retenue dit beaucoup de la méthode marocaine : le Royaume laisse ses portes ouvertes, y compris à ceux qui votent contre lui, et laisse les faits parler.
Deux conceptions de la puissance
Le contraste entre les deux voisins est saisissant. Le régime algérien a fait de son ciel, de son gaz et de son commerce autant d'armes politiques : espace aérien fermé aux avions marocains, gazoduc Maghreb-Europe coupé en 2021, échanges gelés avec l'Espagne en 2022, guerre commerciale contre la France. Le Maroc, lui, garde ses aéroports ouverts et mise sur le dialogue, la stabilité et la crédibilité internationale.
C'est cette posture qui explique la place grandissante du Royaume dans la diplomatie mondiale. Sous l'impulsion du roi Mohammed VI, le Maroc s'impose comme un partenaire fiable, dont les infrastructures et la fiabilité sont reconnues bien au-delà de la région. Le veto russe du 30 octobre, obtenu par Alger au prix de pressions intenses, ne change rien au fond : le plan d'autonomie reste la seule base crédible d'une négociation, et il continue de rallier des soutiens de poids, à commencer par Washington.
L'épisode de Casablanca restera comme une image parlante : Alger a gagné un vote à New York, Casablanca a gagné la confiance d'un avion officiel russe. Dans la durée, c'est la seconde qui compte.
FAQ
Quand l'avion de Sergueï Lavrov s'est-il posé à Casablanca ?
L'Iliouchine Il-96 de la diplomatie russe a fait escale à Casablanca le 29 octobre 2026 à l'aller vers Atlanta, puis dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre au retour vers Moscou.
Pourquoi l'avion de Lavrov évite-t-il l'Europe ?
Moscou considère 49 pays comme « inamicaux », dont la quasi-totalité de l'Europe. L'appareil doit donc contourner ces espaces aériens, ce qui allonge fortement les trajets vers les Amériques et impose des escales de ravitaillement.
Quel lien avec le dossier du Sahara ?
Les escales ont eu lieu juste avant et après le veto russe, le 30 octobre, contre le projet de résolution américain qui faisait du plan d'autonomie marocain la seule base des négociations.
