Publié le 17 octobre 2026
Meta description : Le premier long-métrage de Karima Guennouni, en salles, emmène un frère autiste et sa sœur sur les routes de l'Atlas. Une histoire puisée dans le vécu de la réalisatrice.
Catégorie : Culture
X : Une sœur, un frère autiste et les routes de l'Atlas. Entretien avec Karima Guennouni, dont le premier film bouleverse le regard sur l'autisme au Maroc.
Légende photo : Karima Guennouni sur le tournage de « Grand-Petit Frère », son premier long-métrage en salles. Photo : www.le360.ma
« Grand-Petit Frère », premier long-métrage de la réalisatrice marocaine Karima Guennouni, est désormais en salles après sa sélection en compétition au Festival national du film de Tanger 2025. Ce road trip à travers l'Atlas suit Sara et Adam, une sœur et son frère autiste, dans un voyage où le rire et l'émotion se répondent à chaque détour de route.
Le film prolonge « Ferraille », le court-métrage que la cinéaste avait imaginé en 2017 autour des mêmes personnages. Selon www.le360.ma, qui a interrogé la réalisatrice à l'occasion de la sortie, l'idée du long-métrage est née quelques semaines seulement après la fin du tournage du court. « Ce qui ne change pas, c'est la relation entre le frère et la sœur. C'est ce duo que j'avais envie de faire exister plus longtemps à l'écran », explique Karima Guennouni, qui précise avoir puisé dans un réservoir d'anecdotes accumulées au fil des années.
Une histoire née d'une relation fraternelle
Le cœur du film bat au rythme d'une expérience intime. « Ma relation avec mon propre petit frère » est, de l'aveu de la réalisatrice, « la raison première de l'existence même du film ». Un aveu posé sans détour dans l'entretien accordé à Le360.
Le regard porté est celui d'une sœur, et c'est ce qui distingue le film des récits habituellement consacrés à l'autisme. « Le regard d'une petite sœur, qui devient la grande sœur, est forcément différent de celui des parents d'enfants autistes ou en situation de handicap », souligne-t-elle. Il n'y a jamais eu de rupture dans sa vie : « Mon frère en a fait partie dès le premier jour et je me suis adaptée à lui comme on s'adapte à n'importe qui. »
Ce parti pris humaniste traverse tout le film. Face au cinéma qui associe souvent l'autisme au drame ou au génie, dans la lignée de « Rain Man », Karima Guennouni revendique une autre voie. « Je ne voulais absolument pas faire un film dramatique sur le sujet, bien au contraire », dit-elle. « Vivre avec une personne autiste comme mon frère n'est pas toujours simple, mais c'est aussi beaucoup de moments de joie, de rires et de bonheur... Comme avec n'importe qui. »
Elle ajoute, avec une tendresse qui dit tout : « Le superpouvoir de mon frère, c'était plutôt sa capacité à faire des bêtises avec son regard malicieux. »
L'Atlas comme personnage
Le choix du road trip n'est pas anodin. Pour la réalisatrice, qui a passé des années comme technicienne sur de grandes productions, le voyage est une métaphore du parcours intérieur de l'héroïne. « Le road trip est une métaphore du voyage intérieur de l'héroïne, qui se cherche, avec ses hauts et ses bas, en même temps qu'elle cherche parfois sa route », explique-t-elle, non sans humour : « En traversant l'Atlas, les hauts et les bas ne manquent pas, sans parler de la météo. »
Les paysages du Sud marocain occupent une place singulière dans le récit. Karima Guennouni y a beaucoup travaillé sur des productions étrangères, attirées par la beauté des paysages marocains et leur lumière. « La raison principale, c'est que j'avais envie de montrer ce Maroc à ceux qui n'ont jamais eu la chance de le découvrir », confie-t-elle. Les paysages deviennent « un personnage à part entière, qui évolue avec l'état d'esprit des héros ».
Une équipe construite autour d'Ismail El Fallahi
La distribution réunit Nisrine Adam, Ismail El Fallahi et Salim Benmoussa. Le rôle d'Adam s'est construit autour d'Ismail El Fallahi, décrit par la réalisatrice comme « un comédien exceptionnel, doté d'une grande intelligence émotionnelle et d'une capacité d'improvisation impressionnante ». Le comédien, issu du théâtre, avait déjà rencontré le frère de la réalisatrice sur le tournage du court-métrage. Pour le long, il a approfondi sa préparation en rencontrant d'autres personnes autistes et en se documentant.
« Ismail ne cherchait pas à jouer un autiste générique, mais à construire Adam, un personnage précis », insiste Karima Guennouni. Les castings pour le rôle de Sara se sont d'ailleurs déroulés en sa présence, sans que les comédiennes ne sachent qu'il était lui-même acteur. La rencontre avec Nisrine Adam « a sonné comme une évidence », grâce à sa capacité d'écoute et son aptitude à s'adapter aux improvisations, « comme je devais moi-même m'adapter à mon frère dans la vie ».
Le scénario a été co-écrit avec David Villemin, complice de longue date de la réalisatrice. Son recul sur les souvenirs familiaux a permis de les transformer en matière cinématographique, tout en inventant une famille distincte de la sienne.
Le public s'attache à Adam
Depuis la sortie en salles, les réactions du public ont surpris la réalisatrice. « Les applaudissements qui ont accompagné plusieurs scènes avec Adam », notamment celle où il vide un pichet d'eau sur la tête d'une touriste, l'ont touchée au-delà de ses attentes. La réconciliation entre le frère et la sœur, ainsi que les retrouvailles dans le manège, comptent parmi les moments qui l'ont émue.
Derrière ces réactions se cache un objectif discret : que les spectateurs quittent la salle avec un sentiment chaleureux envers Adam. « Je suis heureuse qu'il les ait touchés et qu'ils le voient comme une personne, pas uniquement comme quelqu'un en situation de handicap », confie-t-elle.
Le film évoque aussi, en toile de fond, la fermeture de Bouya Omar, survenue alors qu'elle écrivait la première version du scénario, une réalité qu'elle souhaitait dénoncer. Mais l'hôpital n'est que le point de départ du récit. « Ce qui m'intéressait, c'était de montrer à quel point la présence de quelqu'un qui vous connaît, vous aime et vous soutient peut faire la différence », explique la réalisatrice.
Le message final résonne comme une invitation. « Je crois que c'est dans la famille que se trouve la solution », conclut Karima Guennouni, en précisant que le film entend la famille au sens large : recomposée, élargie aux proches, aux amis de longue date, mais aussi à ceux que l'on rencontre sur la route de l'Atlas.
Questions fréquentes
Quand « Grand-Petit Frère » est-il sorti en salles ?
Le film de Karima Guennouni est désormais en salles après avoir été présenté en compétition au Festival national du film de Tanger 2025.
Sur quoi repose l'histoire du film ?
Le scénario est inspiré de la relation entre la réalisatrice et son propre petit frère autiste, transposée dans une famille fictive co-écrite avec David Villemin.
Qui sont les acteurs principaux ?
Nisrine Adam incarne Sara, Ismail El Fallahi joue Adam et Salim Benmoussa complète la distribution principale.
