Intelligence Artificielle : Un Avenir Prometteur pour les Jeunes Diplômés Marocains
Dans un contexte mondial marqué par l'essor de l'intelligence artificielle (IA), le Maroc se distingue par une approche mesurée et optimiste. Contrairement à certaines économies avancées où l'IA suscite des craintes de suppression massive d'emplois, le Royaume voit dans cette technologie une opportunité de transformation des tâches et de valorisation des talents. C'est le constat partagé lors de l'Intelligence Forum organisé par Al Akhawayn University le 14 juillet à la Tour Mohammed VI de Rabat, sous le thème de la création de valeur partagée et durable entre employeurs et jeunes diplômés.
Un Diagnostic Rassurant pour l'Emploi des Jeunes
Le forum, animé par le journaliste Ouadih Dada, a réuni des figures clés du monde économique, académique et politique. Le ministre de l'Enseignement supérieur, Azzedine El Midaoui, le président de la CGEM, Mehdi Tazi, et d'autres dirigeants ont livré un message porteur d'espoir. Selon eux, l'IA n'a pas encore impacté l'emploi des jeunes au Maroc de manière négative. Elle transforme plutôt les missions confiées aux nouvelles recrues, sans supprimer les postes. Mehdi Tazi a ainsi affirmé que plus de 90% des emplois ne sont pas directement concernés par un remplacement par l'IA.
Cette fenêtre de tir pourrait toutefois se réduire si les entreprises marocaines accélèrent leur adoption de l'IA pour gagner en compétitivité. La perspective est claire : des talents dotés d'une intelligence humaine et relationnelle solide, augmentée par l'IA, créeraient une valeur ajoutée significative pour booster la croissance économique et la création d'emplois. La collaboration entre l'entreprise et l'université devient donc un enjeu stratégique majeur.
L'IA comme Levier de Croissance et d'Inclusion
Les intervenants ont souligné que l'IA est irréversible et que son intégration dans les processus internes et les produits est déjà en marche. Mohamed Horani, fondateur et PDG de HPS, a rappelé que son groupe a adopté cette technologie pour rester compétitif. Les entreprises attendent désormais des jeunes recrues qu'elles soient outillées, avec des critères comme la capacité à challenger l'IA, comme l'a illustré Capgemini avec sa grille de qualification « AI Aware, AI Ready, AI Native ».
Cette situation offre au Maroc un avantage précieux : le temps. Alors que dans les économies les plus avancées, l'insertion des jeunes diplômés s'est dégradée, le Maroc peut encore choisir son scénario. Awatef Hayar, ancienne ministre, a illustré le potentiel inclusif de l'IA, capable de connecter une artisane rurale aux marchés mondiaux. « Nous ne sommes pas dans le remplacement : nous sommes dans une meilleure version de nous-mêmes avec l'IA », a déclaré Mehdi Tazi.
Quatre Chantiers pour un Avenir Augmenté
Les échanges ont dégagé quatre priorités pour faire de l'IA un booster de l'employabilité. Premièrement, la généralisation d'un socle commun de compétences incluant la pensée critique, l'adaptabilité et la maîtrise des agents d'IA. Le Maroc dispose déjà de plus de 80 filières spécialisées en IA. Deuxièmement, faire de l'entreprise un lieu d'apprentissage en renforçant la co-construction des cursus et l'alternance. Troisièmement, valoriser les données comme « carburant de l'IA » pour garantir une souveraineté numérique. Enfin, consolider les apprentissages fondamentaux à l'école avant d'introduire l'IA, tout en développant un regard critique.
Le président d'Al Akhawayn University, Amine Bensaid, a conclu sur une note optimiste : « L'espérance est réelle : des talents augmentés par l'intelligence artificielle peuvent créer une valeur ajoutée qui devienne un complément de croissance et de création d'emploi pour le Maroc. » L'université, après avoir formé son corps professoral, a rendu l'usage de l'IA obligatoire dans tous ses enseignements. Résultat : 88% de ses diplômés disposent d'une offre d'emploi avant même l'obtention de leur diplôme.
Al Akhawayn University prévoit de publier prochainement une note de synthèse avec des recommandations issues de cette première édition de l'Intelligence Forum, qui deviendra un rendez-vous institutionnel régulier.