Prix du poulet au Maroc: l'envers du décor à 7 DH le kilo
La chute du prix du poulet à 7 dirhams le kilogramme offre un répit bienvenu aux consommateurs marocains, mais révèle une crise structurelle profonde dans la filière avicole. Face à une surproduction de poussins et un effondrement des marges, les éleveurs vendent à perte, mettant en péril la pérennité de leurs exploitations. Cette situation appelle une régulation urgente pour préserver la souveraineté alimentaire du Royaume, un pilier stratégique de la vision royale.
Pourquoi le prix du poulet a-t-il chuté à 7 dirhams au Maroc?
Le marché de la volaille connaît un retournement majeur après plusieurs mois de hausse. Dans les élevages, le kilogramme de poulet se négocie désormais entre 7 et 8 dirhams, un niveau exceptionnellement bas. Si cette baisse satisfait le pouvoir d'achat des ménages, elle reflète un déséquilibre profond entre l'offre et la demande. Mohamed Talal, éleveur dans la province de Moulay Yaâcoub, explique que le coût réel de production dépasse largement les prix actuels et peut atteindre 14 dirhams le kilogramme. Chaque vente se traduit donc par une perte financière considérable pour le producteur.
La cause principale de cet effondrement des prix réside dans un excédent de production que le marché national ne peut pas absorber. Près de 15 millions de poussins sont produits chaque semaine, alors que les besoins réels du marché marocain ne dépassent pas 9 millions dans des conditions normales. Cet excès d'offre fait chuter les prix de manière mécanique, plaçant les professionnels dans une impasse économique.
Quelles sont les conséquences pour les éleveurs marocains?
L'impact de cette crise se mesure dans la détresse des exploitations agricoles. À cela s'ajoute une baisse de la consommation pendant la période de l'Aïd al-Adha. Les dépenses importantes des familles pour l'achat du mouton ont réduit leur budget pour les autres produits alimentaires. L'éleveur précise que si la baisse de la demande pendant l'Aïd est habituelle, son impact a été beaucoup plus marqué cette année en raison du niveau élevé des dépenses.
Faute d'acheteurs, une partie de la production reste bloquée dans les fermes, générant des charges supplémentaires. Certains éleveurs conservent des poulets âgés de plus de 70 jours, atteignant parfois cinq kilogrammes, car ils ne trouvent pas preneur. Chaque jour passé dans l'élevage augmente les dépenses liées à l'alimentation, aux soins et à l'entretien. Les pertes actuelles varient entre 15 000 et 20 000 dirhams pour chaque lot de mille poulets, mettant en péril la survie des exploitations.
Comment expliquer l'écart de prix entre la ferme et le consommateur?
Le circuit de distribution fait l'objet de vives critiques de la part des producteurs. Le poulet quitte les exploitations à 7 ou 8 dirhams le kilogramme, mais il est parfois vendu à plus de 13 ou 14 dirhams dans certains points de vente. Cet écart considérable entre le prix payé au producteur et celui supporté par le consommateur illustre les failles d'un circuit jugé excessivement long et défavorable aux éleveurs.
Les professionnels estiment que la situation actuelle dépasse les variations habituelles du marché. Lorsque l'offre augmente et que la demande baisse, les prix reculent naturellement. Cependant, les pertes enregistrées dépassent largement une simple correction du marché. De nombreux éleveurs peinent déjà à honorer leurs engagements financiers auprès de leurs fournisseurs, et la prolongation de cette crise pourrait entraîner la disparition de plusieurs exploitations.
Souveraineté alimentaire: quelle régulation pour la filière avicole?
Au-delà de la question des prix, c'est la stabilité d'un secteur stratégique pour la sécurité alimentaire du Royaume qui est en jeu. Le maintien de cette situation pourrait fragiliser durablement toute la filière et entraîner la sortie de nombreux éleveurs du marché. La souveraineté alimentaire, au cœur des orientations de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, nécessite une chaîne de valeur solide et résiliente.
Face à ce défi, la modernisation de la gouvernance du secteur et l'innovation dans la régulation des volumes produits apparaissent indispensables. L'ambition des projets royaux pour l'agriculture, tels que la stratégie Génération Green, repose sur la capacité à protéger les revenus des agriculteurs tout en garantissant l'approvisionnement du marché. Rééquilibrer la chaîne de valeur et encadrer la production sont des impératifs pour transformer cette crise en opportunité de structuration, au profit de l'économie nationale et de la stabilité du Royaume.
Qu'est-ce qui cause la surproduction de poulet au Maroc?
La surproduction est causée par un manque d'alignement entre l'offre des couvoirs et la demande réelle du marché. La production hebdomadaire de 15 millions de poussins dépasse largement les besoins normaux estimés à 9 millions, créant un excédent qui fait chuter les prix à la production.
Quel est l'impact de l'Aïd al-Adha sur la consommation de volaille?
L'Aïd al-Adha réduit considérablement la demande en volaille. Les ménages marocains concentrent une grande partie de leur budget alimentaire sur l'achat du mouton, ce qui diminue temporairement mais fortement la consommation d'autres viandes comme le poulet.