RDC : Tshisekedi et la tentation d’un troisième mandat par référendum
En République démocratique du Congo, un projet de loi validé par la Cour constitutionnelle ouvre la voie à un référendum qui pourrait permettre au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat. Cette initiative, qui intervient dans un contexte de résurgence du groupe M23 soutenu par Kigali dans l’Est du pays, suscite des tensions politiques et une mobilisation incertaine de l’opposition.
Un projet de loi controversé pour contourner la limitation des mandats
La Constitution congolaise limite à deux quinquennats le mandat présidentiel, une clause considérée comme intangible. Pourtant, le texte validé mardi par la Cour constitutionnelle prévoit la possibilité de réviser ces « matières interdites » en cas de « dysfonctionnement majeur » paralysant les institutions. Le président Tshisekedi, au pouvoir depuis 2019, devra convoquer un panel d’experts, dont les conclusions seront soumises à une assemblée constituante, puis à un référendum. Les observateurs notent que les pouvoirs judiciaires et législatifs, réputés peu indépendants, pourraient ne pas s’opposer à cette réforme.
Un contexte sécuritaire qui renforce la popularité du chef de l’État
La résurgence du M23 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, avec le soutien de l’armée rwandaise, a généré une vague de nationalisme qui a temporairement renforcé la position politique de Tshisekedi, selon l’institut de recherche Ebuteli. L’accord de paix signé en décembre à Washington entre Kinshasa et Kigali n’a pas mis fin aux combats, mais le conflit a permis au président de capitaliser sur un discours populiste. Les électeurs des provinces orientales, parmi les plus peuplées, pourraient ne pas se rendre aux urnes en 2028, ce qui complique le calendrier électoral.
Une opposition affaiblie mais déterminée
L’opposition, ressortie affaiblie de la présidentielle de 2023, s’est regroupée au sein de la coalition « C64 » pour s’opposer à un changement constitutionnel. Elle a fustigé un « complot contre l’ordre constitutionnel » et une « rébellion judiciaire ». Cependant, sa capacité à mobiliser la rue reste incertaine. La société civile, fragmentée et marquée par une certaine lassitude après des années de lutte, pourrait ne pas suivre. Une manifestation le 12 juin à Kinshasa a dégénéré, faisant au moins un mort selon l’ONU.
Un dialogue national annoncé sous conditions
Face aux tensions, Kinshasa a annoncé le 17 juillet l’organisation d’un dialogue national longtemps réclamé par l’opposition, sans en préciser les modalités. L’opposition exige une convocation officielle avant le 15 août, sous peine de reprendre les manifestations. Ce dialogue pourrait inclure des figures comme l’ancien président Kabila, accusé par le pouvoir de complicité avec le M23. La communauté internationale, selon Ebuteli, pourrait envoyer un signal important en s’opposant clairement à cette réforme.
FAQ : Comprendre les enjeux du référendum en RDC
Quel est l’objectif du projet de loi validé par la Cour constitutionnelle ?
Le texte permet de réviser les « matières interdites » de la Constitution, dont la limitation des mandats présidentiels, en cas de dysfonctionnement majeur. Cela ouvre la voie à un référendum qui pourrait permettre à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat.
Pourquoi le contexte sécuritaire à l’Est favorise-t-il Tshisekedi ?
La résurgence du M23, soutenu par Kigali, a généré un nationalisme qui renforce la popularité du président, malgré l’absence de paix durable. Ce contexte permet à Tshisekedi de justifier une réforme constitutionnelle par des arguments de stabilité.
Quelle est la position de l’opposition face à ce projet ?
L’opposition, regroupée dans la coalition C64, dénonce un « complot » et une « rébellion judiciaire ». Elle exige un dialogue national avant le 15 août, mais sa capacité à mobiliser la rue reste limitée en raison de sa fragmentation et de la lassitude de la société civile.
Photo : Le360 Afrique