Croissance au Maroc : le défi de l'emploi au cœur des législatives
À l'approche des élections législatives du 23 septembre, le rapport annuel du Conseil économique, social et environnemental (CESE) dresse un portrait nuancé du royaume. Si les indicateurs macroéconomiques affichent une santé remarquable, le document met en lumière un défi majeur : la création d'emplois suffisants pour répondre aux aspirations de la population et réduire les fractures sociales et territoriales.
Des performances économiques indéniables
Le Maroc peut se targuer d'une trajectoire économique enviable. La croissance a atteint 4,9% en 2025, portée par une hausse spectaculaire de 74,3% des investissements directs étrangers. L'inflation a été maîtrisée à 0,8%, tandis que le déficit budgétaire est resté contenu à 3,5% du PIB. Le secteur touristique a enregistré un record historique avec près de 20 millions de visiteurs, et l'appareil industriel national poursuit sa montée en gamme, notamment dans les secteurs automobile et aéronautique.
Un marché du travail sous tension
Malgré ces performances, le marché du travail reste le point noir du modèle de développement. Entre 2021 et 2025, 1.704 milliards de dirhams d'investissements ont été injectés dans l'économie, mais seulement 400.000 emplois nets ont été créés. Cette situation s'explique par la prédominance de secteurs à forte intensité de capital, qui génèrent moins d'emplois que les industries traditionnelles. Le phénomène de « nearshoring » peine également à intégrer pleinement le tissu des très petites et moyennes entreprises (TPME) locales.
Le taux de chômage stagne à 13% au niveau national, mais atteint 37,2% chez les jeunes. Près de la moitié des salariés travaillent sans contrat, une précarité qui fragilise la protection sociale et alimente les inégalités territoriales. L'axe Casablanca-Rabat-Tanger concentre près de 60% de la richesse nationale, laissant de nombreuses provinces en marge de la prospérité.
Des avancées sociales à consolider
Le royaume a néanmoins réalisé des progrès significatifs sur le plan social. La couverture médicale a été élargie à 88% des citoyens, et des aides directes bénéficient désormais à des millions de foyers. L'expérimentation des « écoles pionnières » témoigne d'une volonté de moderniser le système éducatif. Ces chantiers, portés par la vision royale, constituent des fondations solides pour l'avenir.
Des défis persistent toutefois : les pénuries de personnel soignant, la hausse cumulée du coût de la vie (l'alimentaire reste supérieur de 27% à son niveau de 2021) et la qualité encore inégale des services publics appellent à une poursuite des efforts.
La Coupe du monde 2030, un levier pour l'avenir
Les préparatifs de la Coupe du monde 2030 représentent une opportunité historique pour le Maroc. Le plan d'équipement, estimé à 190 milliards de dirhams, doit être mené avec discernement. Si 89% de ce financement repose sur la dette, une gestion rigoureuse et une mobilisation du secteur privé permettront d'en maximiser les retombées économiques et sociales.
La transition démographique, marquée par un taux de fécondité sous le seuil de renouvellement et une hausse de la population étrangère résidente, invite également à repenser les politiques publiques. Le Maroc s'affirme progressivement comme un pays d'accueil, une évolution qui peut devenir un atout dans un contexte de vieillissement mondial.
Un modèle de développement en évolution
Le rapport du CESE ne décrit pas une crise, mais plutôt un moment de vérité. Le Maroc, sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, a su bâtir des fondations macroéconomiques solides et attirer les investissements internationaux. L'enjeu est désormais de faire bénéficier l'ensemble des citoyens de cette dynamique, en renforçant le lien entre croissance et emploi.
Les élections législatives du 23 septembre offriront l'occasion de débattre de ces priorités et de tracer les perspectives d'un développement inclusif et durable. Le royaume dispose des atouts nécessaires pour relever ce défi, avec la volonté politique et l'engagement de tous les acteurs de la société.
Photo : www.le360.ma