Le rapport de l'OCDE publié le 4 novembre 2026 dresse un état des lieux contrasté de l'épargne retraite capitalisée en Afrique, où le Maroc affiche 5,8% du PIB d'actifs de pensions à fin 2025. Le chiffre, repris dans une analyse de Le360 Afrique, ne dit ni la couverture sociale réelle ni le niveau des pensions versées, mais il pose une question stratégique pour le Royaume : comment transformer une épargne longue encore fragmentée en actifs de préfinancement plus profonds.
Le classement continental fait apparaître trois Afriques. En tête, la Namibie culmine à 113,7% du PIB, devant l'Afrique du Sud (84,4%), l'Eswatini (65,3%), le Botswana (58,0%) et le Lesotho (41,1%). La Namibie franchit même le seuil des 100% du PIB, que seuls huit pays de l'OCDE dépassent, dont l'Australie, le Canada, les Pays-Bas et la Suisse. Le Maroc se situe, lui, dans le troisième groupe, aux côtés du Nigeria (6,2%), du Zimbabwe (5,8%), du Ghana (5,7%) ou encore de l'Angola (0,9%).
Ce que mesure réellement le ratio de l'OCDE
Les Perspectives de l'OCDE sur les pensions 2026, signées par le Secrétaire général Mathias Cormann, rappellent une limite méthodologique essentielle : le ratio mesure les actifs des prestataires de pensions, c'est-à-dire l'épargne retraite financièrement capitalisée et investie sur les marchés. Il ne capture ni les engagements des régimes par répartition, ni la couverture sociale effective, ni les droits à pension futurs.
« Pourtant, le volume des actifs de retraite ne garantit pas à lui seul des revenus de retraite suffisants », prévient l'organisation. À l'échelle des pays membres, les actifs atteignent 78.000 milliards de dollars fin 2025, soit 106% du PIB agrégé. Un pays peut donc afficher un ratio faible tout en finançant des pensions par des flux courants et des réserves publiques, ce qui est précisément la configuration marocaine.
Le cas marocain : un système ancien, une capitalisation étroite
Le système marocain de retraite existe depuis 76 ans, une ancienneté supérieure à celle du Kenya (60 ans) ou du Nigeria (21 ans). Pourtant, une grande partie des droits repose sur la répartition : la CMR pour les fonctionnaires, la CNSS pour une partie du privé, le RCAR pour le semi-public. Les réserves cumulées des régimes, environ 340,8 milliards de dirhams fin 2025, ne se traduisent pas mécaniquement par un ratio comparable à celui de la Namibie ou de l'Afrique du Sud, où les fonds de pension privés dominent l'épargne longue.
La fragmentation explique une partie de l'écart. Le Royaume compte sept régimes de base et trois régimes complémentaires, avec des règles, des taux de cotisation et des populations couvertes différents. La CIMR et les autres complémentaires fonctionnent sur une base volontaire, donc non universelle.
La couverture, vrai chantier du Royaume
L'OCDE reconnaît toutefois que le Maroc a progressivement élargi la couverture depuis 2017, notamment aux travailleurs indépendants et aux professions libérales dans le régime obligatoire de vieillesse. Une avancée notable dans la continuité de la généralisation de la protection sociale portée au plus haut niveau de l'État. Mais pour les travailleurs à faible revenu gagnant moins de 1,5 fois le salaire minimum, l'adhésion demeure volontaire, ce qui limite l'accumulation d'actifs.
Les chiffres de 2025 illustrent la tension budgétaire : les régimes ont collecté 73 milliards de dirhams de cotisations mais versé 75,3 milliards de prestations. Les cotisations ne couvrent plus les pensions, et les réserves comblent l'écart. Les taux de préfinancement restent hétérogènes : 88% pour les pensions civiles, 76% pour le RCAR et 58% pour la CNSS. Cette dernière comptait 4,22 millions de cotisants pour 848.367 pensionnés, soit 5,77 cotisants par pensionné, un ratio encore favorable mais appelé à se dégrader avec le vieillissement démographique.
Une grille de lecture pour les décideurs africains
Le rapport met en garde contre une lecture naïve des taux de croissance. Le Malawi affiche 139,3% de croissance nominale des actifs en 2025 pour un ratio de 31,8% du PIB, tandis que le Zimbabwe affiche 38,7% de croissance pour seulement 5,8% du PIB. L'analyse rapportée au PIB permet de neutraliser l'effet de l'inflation, précise l'OCDE.
L'enseignement pour un décideur africain est clair : un système qui croît vite en monnaie locale peut rester financièrement peu profond. Les pays qui se démarquent ne sont pas nécessairement les plus riches, mais ceux dont le système a su transformer l'épargne longue en actifs réels. Un classement mondial récent situe d'ailleurs le soutien aux pensionnés sud-africains derrière celui de la Namibie, du Botswana et du Kenya, preuve que la taille des actifs ne dit pas tout de l'adéquation des retraites.
« Dans de nombreux pays, les mesures obligatoires ne suffiront probablement pas à elles seules pour des segments importants de la population », résume Mathias Cormann. Le rapport cite le conseil financier, les mécanismes par défaut, la fiscalité des transmissions et l'intégration des risques de durabilité comme leviers.
Pour le Maroc, l'enjeu n'est donc pas un déficit d'ancienneté mais un déficit de préfinancement, de couverture et d'unification. La consolidation des régimes, l'élargissement de la couverture aux travailleurs informels et une meilleure capitalisation des réserves constituent le chantier de la décennie. Les ratios, rappelle l'OCDE, montent puis se stabilisent ; c'est la capacité d'un système à couvrir, cotiser et investir qui compte.
Questions fréquentes
Quel est le rang du Maroc dans le classement africain des pensions ?
Le Maroc affiche 5,8% du PIB d'actifs de prestataires de pensions à fin 2025, un niveau proche du Nigeria (6,2%) et du Zimbabwe (5,8%), loin derrière la Namibie (113,7%) et l'Afrique du Sud (84,4%), selon les données de l'OCDE.
Le ratio de 5,8% signifie-t-il que les retraites marocaines sont faibles ?
Non. Ce ratio ne mesure que l'épargne retraite capitalisée et investie. Il ne dit rien du niveau des pensions versées, de la couverture sociale ni des engagements des régimes par répartition, qui dominent le système marocain.
Quels sont les principaux régimes de retraite au Maroc ?
Le Royaume compte sept régimes de base et trois régimes complémentaires, dont la CMR pour les fonctionnaires, la CNSS pour le secteur privé, le RCAR pour le semi-public et la CIMR pour l'épargne complémentaire volontaire.
