Le rapport annuel 2025 de Sonatrach, publié fin octobre 2026, révèle que l'Algérie a importé 1,08 million de tonnes de gasoil sur les marchés internationaux, alors que le président Abdelmadjid Tebboune avait promis en avril 2025 que son pays « n'importerait plus une goutte de gasoil » dès l'année suivante.
C'est l'information rapportée par www.le360.ma, qui a épluché le document de la compagnie pétrolière publique algérienne. Les chiffres y racontent une tout autre histoire que le discours officiel d'Alger.
Une hausse de 572% des importations pétrolières
En 2025, les importations algériennes de produits pétroliers ont bondi de 209.000 tonnes à 1.404.000 tonnes, soit une progression de 572%. Le gasoil représente l'essentiel de cette envolée, avec 1.078.000 tonnes achetées à l'étranger, cinq fois plus que l'ensemble des produits pétroliers importés l'année précédente. Les achats de MTBE, un additif nécessaire à la fabrication de l'essence, ont eux aussi progressé de 42%.
Le contraste est saisissant avec le discours tenu un an plus tôt. Le rapport annuel 2024 de la même Sonatrach présentait « l'arrêt total des importations de carburants » comme un résultat définitivement acquis, comme l'a relevé Maghreb Émergent. Le pays n'avait pas cessé d'importer; il avait cessé de le dire.
Le président Tebboune s'était pourtant porté garant de sa promesse. Fin avril 2025, devant la société civile réunie à Béchar, il avait déclaré : « L'année prochaine, l'Algérie n'importera plus une goutte de gasoil, nous ne l'importerons pas. » Au moment même où ces mots étaient prononcés, les cargaisons de diesel faisaient déjà route vers les ports algériens.
Du « plus une goutte » au « petit manque »
Le 16 octobre 2026, devant les opérateurs économiques réunis à Alger, le ton a changé. Le chef de l'État algérien a évoqué un simple manque à combler et repoussé l'autosuffisance à 2027, sans un mot sur la facture.
« Le gasoil, nous en manquons un peu, mais quand la raffinerie de Hassi Messaoud commencera à produire en 2027, ce sera l'autosuffisance totale en gasoil », a-t-il affirmé devant une salle qui a applaudi.
Le « plus une goutte » promis à Béchar est donc devenu un « petit manque » de plus d'un million de tonnes. La nuance du vocabulaire présidentiel en dit long sur l'écart entre les annonces et la réalité économique du voisin oriental.
Une facture estimée entre 700 et 850 millions de dollars
Combien coûte ce « petit manque » ? Sonatrach ne le précise pas. La compagnie reconnaît seulement que ce gasoil, acheté au prix du marché international et non subventionné, a représenté une « charge financière supplémentaire considérable ». Aux cours européens de 2025, la tonne de gasoil s'échangeait entre 650 et plus de 800 dollars, ce qui place la facture, selon les estimations de www.le360.ma, entre 700 et 850 millions de dollars.
Ce gasoil acheté au prix fort est ensuite revendu à la pompe à 31 dinars le litre, soit une vingtaine de centimes d'euro. Le résultat net de Sonatrach a d'ailleurs chuté à 603 milliards de dinars en 2025, en baisse de 26%.
Le paradoxe illustre les faiblesses structurelles du modèle algérien. Le pays consomme environ 11 millions de tonnes de gasoil par an, alors que ses raffineries, vieillissantes, voient leur production stagner, avec un recul d'environ 1%, pendant que la consommation intérieure d'essence progressait de 6% et celle de gasoil de près de 5%.
Hassi Messaoud : la raffinerie aux retards accumulés
La pièce maîtresse du plan algérien de raffinage, la raffinerie de Hassi Messaoud, accumule les retards. Annoncée initialement pour 2019, elle a vu son coût passer de 3,3 à 4,4 milliards de dollars et son délai de réalisation passer de 52 à 65 mois, selon l'économiste Abderrahmane Mebtoul. Même mise en service en 2027, complétée par l'unité de Skikda attendue en 2029, elle ne couvrirait qu'environ 40% des besoins du pays en gasoil, selon les données reprises par La Nouvelle République Algérie.
Le mécanisme algérien est connu et se répète : promesse d'autosuffisance, subvention massive de la consommation, sous-investissement chronique, puis comblement du déficit par les importations financées par la planche à billets de la Banque d'Algérie. La pomme de terre, les pneus, et maintenant le diesel : à chaque fois, l'annonce triomphale précède la pénurie ou la facture.
Une liste de promesses sans lendemain
Ce n'est pas la première promesse présidentielle algérienne à s'évaporer. Tebboune avait annoncé 1,3 milliard de mètres cubes d'eau dessalée par jour à la tribune de l'ONU pour fin 2024, soit plus de dix fois la production mondiale. Il avait aussi promis une Algérie capable de « nourrir l'Afrique » en céréales, alors que le pays continue d'en importer massivement, ainsi que le premier rang africain des phosphates.
À la mi-octobre 2026, devant les mêmes opérateurs économiques, il a promis une voiture « 100% algérienne » pour fin 2028, dans un pays où l'on réserve ses pneus sur une plateforme numérique. Pendant ce temps, le Niger voisin doit importer son carburant par camions-citernes depuis l'Algérie pour pallier ses pénuries d'essence.
Le contraste avec la trajectoire marocaine est frappant. Le Royaome, sous la conduite du roi Mohammed VI, a fait de l'investissement dans les infrastructures énergétiques une réalité tangible, de la centrale de Noor à Ouarzazate au port Nador West Med, plutôt qu'un slogan de tribune. Les résultats sont mesurables; les promesses algériennes, elles, se comptent en factures d'importation.
En 2027, Tebboune annoncera sans doute la fin du « petit manque ». Les Algériens, eux, savent déjà comment l'histoire se terminera : par un nouveau rapport de Sonatrach.
Questions fréquentes
Combien de gasoil l'Algérie a-t-elle importé en 2025 ?
Selon le rapport annuel 2025 de Sonatrach, l'Algérie a importé 1,08 million de tonnes de gasoil, soit cinq fois plus que l'ensemble des produits pétroliers importés en 2024.
Quand Abdelmadjid Tebboune a-t-il promis l'arrêt des importations de gasoil ?
En avril 2025, à Béchar, le président algérien avait promis que l'Algérie « n'importerait plus une goutte de gasoil » dès l'année suivante. En octobre 2026, il a repoussé cette promesse à 2027.
Quel est le coût estimé des importations algériennes de gasoil ?
D'après les estimations de www.le360.ma, basées sur les cours européens de 2025, la facture se situe entre 700 et 850 millions de dollars.
