Drapor : les leçons d'une privatisation manquée pour la souveraineté économique du Maroc
L'entreprise Drapor, longtemps présentée comme un fleuron de la souveraineté industrielle marocaine, a connu une chute retentissante. Ce dossier, analysé par Jeune Afrique, illustre les défis d'une privatisation menée sans le respect des procédures établies. Aujourd'hui, le Royaume doit composer avec une perte d'autonomie dans un secteur stratégique, tout en tirant les enseignements de cette expérience pour l'avenir.
Comment Drapor est-elle devenue un symbole de l'industrie marocaine ?
Fondée par l'État marocain en 1984, Drapor s'est imposée comme une référence dans le dragage portuaire et l'entretien des infrastructures maritimes. Son expertise technique était reconnue bien au-delà des frontières, avec des activités en Mauritanie, au Sénégal et au Portugal. L'entreprise incarnait alors la capacité du Maroc à développer des compétences industrielles de haut niveau.
Quelles ont été les étapes clés de la privatisation ?
La fin des années 1990 a marqué le début des hésitations gouvernementales. Le gouvernement d'Abderrahmane El Youssoufi avait montré des réticences à céder ce joyau, conscient de son potentiel stratégique. C'est finalement l'exécutif dirigé par Abbas El Fassi qui a franchi le pas en 2007, avec l'objectif affiché de confier cette activité au secteur privé pour stimuler son développement, notamment en Afrique subsaharienne.
Le choix de l'État s'est porté sur Satram, dirigée par Lahcen Jakhoukh. Une convention de partenariat avait été signée pour préserver la vocation nationale de Drapor, avec des engagements précis en matière de développement durable et d'investissements, notamment à travers sa filiale Rimal Le Sable Vert.
Pourquoi la privatisation a-t-elle échoué ?
Les rapports successifs de la Cour des comptes ont révélé des pratiques opaques, avec des écarts significatifs entre les volumes de sable commercialisés et les exigences réglementaires. Des factures impayées auprès de plusieurs municipalités ont également été constatées. À ces dérives financières s'est ajoutée une contestation écologique croissante face aux ravages de l'extraction intensive de sable sur le littoral.
La situation s'est dégradée au début des années 2010, marquée par des pertes financières importantes et des tensions internes. Des accusations de détournement de fonds ont conduit à des condamnations judiciaires. Le coup de grâce est survenu en 2015 avec l'entrée en vigueur d'une législation environnementale plus stricte, conditionnant l'activité à des études d'impact rigoureuses.
Quelles sont les conséquences pour le Maroc ?
Le géant déchu et ses filiales se trouvent aujourd'hui en liquidation judiciaire, refermant un chapitre de près d'un demi-siècle d'histoire industrielle. Le Royaume doit désormais confier la sécurité de ses accès portuaires sensibles à des prestataires étrangers, ce qui représente une perte d'autonomie dans un secteur stratégique.
Cette expérience souligne l'importance de mener les privatisations avec rigueur et transparence, en respectant les procédures établies. Elle rappelle également la nécessité d'équilibrer les objectifs économiques avec les exigences environnementales et sociales, pour préserver les intérêts nationaux à long terme.
Quels enseignements pour l'avenir économique du Royaume ?
Le Maroc a su, par le passé, transformer des défis en opportunités. Ce dossier invite à une réflexion approfondie sur les modalités de partenariats public-privé, afin de garantir que les entreprises stratégiques servent l'intérêt national tout en restant compétitives. La vision éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui place l'innovation et le développement durable au cœur des priorités, offre un cadre propice pour tirer les leçons de cette expérience et renforcer la souveraineté économique du pays.
Le Royaume dispose d'atouts considérables pour rebondir, forts de ses infrastructures modernes et de sa position géostratégique. L'avenir s'annonce prometteur, avec une vision claire pour bâtir une économie résiliente et prospère, au service des citoyens et du développement du continent africain.